La cabine d'effeuillage Publié le 08 Janvier 2013 par Bertrand Dicale & Liliane Roudière

Thomas Fersen, poète popuLaire

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Tour de jarret : 33, tour de genou : 38, entrée de tête (sans perruque) : 57... Fersen est un champion de la chanson française. Bâti comme une élégante allumette, il enflamme les salles depuis plus de vingt ans. Il a vendu un million et demi d'albums. Pourtant, l'artiste reste un homme discret, secret. On le dit froid. Lui argumente plutôt d'« une politesse provinciale ».

C'est une référence. Un maître de la chanson dont ses confrères admirent les talents de fabuliste, de portraitiste, d'ébéniste, de fantaisiste, mais un maître que le grand public croise rarement sur les ondes. Il sourit et reconnaît : « Mon nom est plus connu que ma tête.» Dommage, car il a une supertrogne. Lui seul sait ainsi raconter, sur fond de ritournelles, le serviteur dévoué de l'assassin, le croque-mort qui a un petit creux, la chauve-souris amoureuse d'un parapluie, le marchand de chaussures en reptile saisi par le désir, le moucheron qui vient à bout du lion, des entreprises de drague miteuse de Dugenou, le centenaire Félix qui jouit et fait semblant d'être sourd... On pourrait énumérer ces petits contes sur des pages entières. Les choisir est un exercice difficile et terriblement frustrant.
De sa voix élégamment éraillée, il fait entendre des confessions improbables: «J'suis mort et j'en fais pas un drame/ Mon job c'est à la foire du Trône / C'est moi qui fait crier les femmes / Je suis squelette au train fantôme. » Des présentations qui n'appartiennent qu'à lui: «Elle a les ch'veux mayonnaise / Moi, j'ai un pull caca d'oie / Elle c'est Jeanne et moi c'est Blaise / Ça s'passe à Saint Jean du Doigt. » Ajoutons à cela qu'il aime à mettre ses chansons en scène et n'hésite pas à incarner les personnages de ses chansons : un spectacle de Thomas Fersen, en groupe ou en duo avec le fidèle guitariste Pierre Sangra, est toujours une fête! Même les enfants entrent dans une sorte de transe: faites le test ! Cette façon d'écrire lui paraît naturelle. C'est le «ton de la famille », l'héritage d'une « fantaisie familiale » où l'on nommait les objets. Thomas a compris tard, que non, ce n'était pas très commun. Au passage, on vous informe que l'appareil dentaire de sa sœur s'appelait Léon. Nous allons pénétrer dans l'antre de Thomas, une rue étroite du 20e, à Paris. Un coup de sonnette et la porte s'ouvre. Le lieu, vaste et secret, ressemble à l'artiste. Des escaliers et plein de portes fermées que l'on voudrait pousser. On entend des enfants jouer entre eux, des gammes de piano. Une jeune femme passe furtivement. Des gargouilles - « d'origine », précise notre hôte - crachent la pluie de cette journée pluvieuse le long des baies vitrées. Ce pourrait être le décor d'une de ses chansons. C'est à peu près tout ce qui nous sera dévoilé.


L'amour du mot juste


Thomas Fersen savoure le moment suspendu de l'entre-deux. Il a refondé une famille, deux jeunes enfants, après une Juliette qui a plus de 20 ans aujourd'hui. Il est à la fois actif et un peu en retrait, en pleine création et au calme. Il aime dire qu'il « travaille à plein temps » à écrire des chansons et il en présente quelques-unes dans le spectacle Une soupe noire. Oui, il y aura un nouvel album, en 2013, mais il ne sait pas quand. Si une date compte, dans un proche avenir, c'est sans doute le 4 janvier. Ce jour-là, Thomas Fersen aura 50 ans.

 

... La suite dans Causette #30

Publié le 08 Janvier 2013
Auteur : Bertrand Dicale & Liliane Roudière | Photo : Mathieu Zazzo pour Causette
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