Reportages Publié le 08 Janvier 2013 par Antonio Fischetti

Apocalypse 2012 Beaucoup de bruit pour un lémurien

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On l'aura compris, le 21 décembre sera lE dernier jour, et seul le pic du village de Bugarach, dans l'Aude, se trouvera épargné. sauf qu'il n'y a que les médias et quelques illuminés pour y adhérer. En fait, si autant de personnes, croyant en tout un tas d'étrangetés, se rassemblent ici depuis une trentaine d'années, c'est pour bien d'autres raisons.
A partir de Carcassonne, enfoncez-vous vers le sud en direction du pays cathare. Après avoir passé le pittoresque village de Rennes-les-Bains, vous verrez apparaître, noyées dans la brume, les pentes sauvages et torturées du mont Bugarach. Le 21 décembre, il y aura là toutes les télés du monde et des centaines de gendarmes pour interdire l'accès au pic (trois jours avant et deux jours après la date fatidique).
Mais, en attendant, le village de deux cents âmes est calme, très calme. Pour le coup, à la nuit tombée, vous avez vraiment l'impression d'être le dernier survivant de la planète. Seuls quelques randonneurs partent à l'assaut du pic qui pointe à 1 230 mètres d'altitude. Mais, ça, ce n'est pas nouveau. Jean-Pierre Delord, maire du village de Bugarach depuis trente-six ans, se souvient avoir «toujours vu des pèlerins ici ». Et certains « tracassés du pic » lui donnent
Car il faut savoir que nous sommes dans un « spot » ésoté- rique. À un quart d'heure de route, vous avez Rennes-le- Château. Ce village est devenu la Mecque des fascinés de « mystère », depuis que l'abbé Saunière y aurait trouvé au xixe siècle un mystérieux trésor (provenant des Templiers, selon certains) et des documents concernant la descendance du Christ (thèse reprise dans le fameux Da Vinci Code). À quelques kilomètres au sud, vous avez les châteaux cathares, qui eux aussi drainent toute une mythologie ésotérique (le fameux Graal aurait séjourné dans la forteresse de Montségur). Cela crée une ambiance... Du coup, plusieurs auteurs ésotériques ont plongé dans le filon, à l'instar de Jean d'Argoun, dont les livres décrivent Bugarach comme « le septième chakra de la terre », qui permet «de se connecter sur la banque de données cosmiques ». Le relief du village nourrit l'imaginaire. On appelle le site la « montagne renversée », mais, cette fois, à cause du fil à retordre : « L'autre jour, j'ai décelé une Il y a parfois des offrandes cachées sous les pierres. Je fais aussi partir les gens qui campent. Récemment, j'ai découvert un ermite qui vivait depuis quinze jours dans une cavité de la roche. »
Plus au sud, dans les Pyrénées-Orientales, des bunkers auraient été construits en prévision de l'apocalypse. Mais qu'en est-il exactement à Bugarach ? « Je n'ai pas vu de bunker ici, poursuit Jean-Pierre Delord. Il y a bien des gens qui ont demandé un permis pour construire une cave sous leur maison, mais on ne sait pas ce qu'ils y font. » Et quid du prix de l'immobilier qui aurait flambé ? «Il est vrai que certains propriétaires ont essayé de faire monter les prix, mais ils n'ont pas réussi à vendre.» En fait, les vrais « survivalistes », ceux qui se préparent à la fin du monde, sont très peu nombreux, en regard du buzz médiatique dont ils font l'objet. Cela dit, la région attire beaucoup de gens, disons, « bizarres »... mais pour de tout autres raisons.
Les journalistes qui viennent là comme au zoo, pour dénicher le « farfelu de service », n'auront pas de mal à tomber sur des barbus aux coiffures peu académiques et vêtus à l'indienne... Seulement, ces gens n'ont rien à voir avec la fin du monde. Il y a différents profils. Des marginaux : tel cet ermite qui a décoré les buissons environnants de poupées faisant penser au Blair Witch Project ; ou ces néohippies qui vivent dans des yourtes dans la forêt... D'autres sont plus installés : par exemple, la société Debowska, une maison de production audiovisuelle spécialisée dans l'ésotérisme ; ou encore cette ribambelle de praticiens en médecine chinoise, réflexologie ou développement personnel...

 

... La suite dans Causette #30

Publié le 08 Janvier 2013
Auteur : Antonio Fischetti | Photo : David Richard/Transit
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