Vue du labo Publié le 08 Janvier 2013 par Antonio Fischetti

Les médocs, c'est que pour les mecs ?

blog post image

Avant d'être commercialisés, les médicaments sont testés sur des rats puis sur des humains. Mais, dans les deux cas, les cobayes sont des mâles. Trop compliqué, une femelle. Résultat : effets secondaires, nocivité, efficacité ne sont qu'« extrapolés » aux femmes. Certains scientifiques dénoncent un « biais sexuel » qui fausse les études.

Quand vous prenez un médicament, vous ne pensez pas aux rats. C'est ingrat. Car il en a fallu des bestioles de laboratoire pour permettre à ce médicament d'arriver dans vos mains confiantes. Enfin, confiantes, ça se discute. L'expérimentation animale est-elle aussi fiable que l'industrie pharmaceutique voudrait nous le faire croire ? Entre un humain et un rat, il y a déjà beaucoup de différences. Mais il y en a encore plus s'ils ne sont pas du même sexe.
Logiquement, on s'attendrait à ce que la parité soit respectée chez les cobayes. Pourtant, non. Cela a été prouvé par deux chercheurs de l'université de Californie, Annaliese Beery et Irving Zucker. Ils ont analysé plusieurs centaines d'articles scientifiques parus en 20091. Et leur conclusion est formelle: la majorité des études sont effectuées sur des rats mâles. Huit disciplines sont particulièrement concernées, parmi lesquelles : l'endocrinologie, l'immunologie, la physiologie, mais surtout les neurosciences et la pharmacologie. Dans ces secteurs, les expériences sur des rats sont réalisées cinq fois plus souvent avec des mâles qu'avec des femelles.


Les cycles menstruels, ces grands perturbateurs


Ce n'est pas par galanterie que les chercheurs épargnent les rongeurs du beau sexe. La raison est plus terre à terre. Car une rate, comme tout mammifère du sexe féminin, est soumise à des cycles menstruels. Or, pour analyser l'effet d'un médicament, il faut limiter au minimum les autres variables. Si on étudie cinquante rates, chacune dans une phase différente de son cycle, impossible de contrôler les hormones. Une solution serait d'avoir des animaux synchronisés. Mais, vu que les rates ont des cycles de quatre jours, il en faudrait quatre fois plus que de rats. Bref, les femelles, c'est plus compliqué, plus long, et donc plus cher à étudier. Pour simplifier, on prend des mâles, et ça arrange tout le monde.

 

... La suite dans Causette #30

Publié le 08 Janvier 2013
Auteur : Antonio Fischetti | Photo : Nicolas DEL PESCO/PlainPicture/Readymade Imagesw
1874 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette