La cabine d'effeuillage Publié le 26 Octobre 2012 par Ellen Rothman

Matar Gueye : la force d'un père

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Matar Gueye est né au Sénégal. Installé en france avec son épouse Liliane, il avait une vie familiale et professionnelle heureuse et bien remplie. Directeur d’école dans un quartier pauvre de Marseille, il s’investissait avec foi dans son travail. Mais Matar Gueye est le père de cécilia, assassinée dans d’affreuses circonstances. pour qui le rencontre, ce qui frappe immédiatement, c’est son élégance, sa droiture et sa force psychique, hors du commun. un homme exceptionnel qui continue de lutter pour conserver intacte la mémoire de sa fille que l’on a «violée, souillée, salie».

Dans la nuit du 8 au 9 décembre 2008, Cécilia, jeune élève infirmière de 21 ans, est morte d'avoir été gavée d'alcool . Elle a été prise dans un guet-apens par quatre garçons, dont son petit ami qui a servi d'appât. Ils avaient prémédité «un plan cul», «un plan cochonne». Ils l'ont forcée à boire un litre de vodka, l'ont emmenée dans un hôtel de Marseille et l'ont à nouveau contrainte à boire avant de la violer à tour de rôle.
D'après les dires de deux d'entre eux, lors de ces « rapports », elle était «vaseuse, limite inconsciente, inerte». Mais ils n'ont pas jugé bon d'appeler les secours, conscients des risques judiciaires qu'ils encouraient. Ils l'ont laissée mourir dans cette chambre d'hôtel, asphyxiée par ses vomis- sements. À l'autopsie, on trouvera plus de 5,38 g d'alcool dans le sang de Cécilia.
C'était une jeune fille fragile, qui ne se laissait pas faire, mais qui doutait d'elle-même, vulnérable. Ses bourreaux l'appe- laient «la chienne». Matar et sa femme Liliane ont dû endurer deux procès, le premier, en avril 2011, devant la cour d'assises d'Aix-en- Provence, où des peines de dix à quinze ans de prison ont été prononcées. Puis le second en appel, en février 2012, à Nice, où deux des violeurs ont bénéficié d'une réduction de peine. Ce dernier procès leur a semblé pire encore. Matar:
« C'est toujours le même procédé : on salit la victime. Mais là, ils la salissaient, encore et encore. Ils ont déversé sur elle des torrents de boue. Ils en parlaient comme d'une salissure. Mais Cécilia n'était pas une salissure. Elle était fragile. Et cette fragilité l'a poursuivie jusqu'à sa mort.» Matar dit encore: «Danslesderniersmoisdesavie,elleétaitenperdition,dans une solitude de plus en plus grande. Nous n'avons jamais menti sur Cécilia. Pour nous, le deuil se fait dans la vérité. » Depuis le début de l'affaire, Matar Gueye lutte, avec une dignité impressionnante, pour la mémoire de sa fille, «violée, souillée, salie». «Après ce procès, on a frôlé la mort.» Matar parle du désespoir de sa femme. « Après ce procès, Liliane ne pouvait plus parler. Je me suis dit: "Comment fait-on?"» Comment survit-on, en effet, quand à la mort hideuse qu'on a donnée à votre fille s'ajoute cette défense injurieuse qui vient abîmer sa mémoire?

 

... La suite dans Causette #29

Publié le 26 Octobre 2012
Auteur : Ellen Rothman | Photo : Franck Juéry pour Causette
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