Reportages Publié le 26 Octobre 2012 par Dorothée Thiénot

Nord-Mali : des amazones contre la charia

blog post image

Depuis le coup d’État du 22 mars et l’exil du président touré, le mali est coupé en deux. au sud, un gouvernement de transition se met en place. au nord, des branches d’aQmi (al-Qaida au maghreb islamique) ont envahi la région. Pour les combattre, aux côtés de l’armée régulière malienne, trois milices d’autodéfense se sont formées. l’une d’entre elles, le Front de libération du nord-mali (Flnm) regroupe environ mille soldats qui s’entraînent en attendant le signal pour partir au combat. Parmi eux, des dizaines de femmes. accrochées à leur vie d’avant la charia, elles sont bien décidées à chasser les islamistes du pays.

A Sévaré, à la frontière entre le Nord et le Sud, la journée commence tôt, vers 5 h 30, après une nuit à la belle étoile. Chaque matin, les combattants et combattantes du FLNM entament leur entraînement par le «parcours naturel»: ils courent, franchissent des obstacles, rampent dans le sable par 40 °C... À l'heure de la pause, ils récupèrent, vautrés de-ci de-là. Ils font cracher Alpha Blondy, Céline Dion, Bob Marley, Tiken Jah Fakoly de leurs portables, en attendant le repas. Riz, blé ou petits pois sont servis dans des bassines en plastique: le manque de nourriture est criant. Après le repas démarre l'instruction: qu'est-ce qu'une sentinelle, un agent de liaison... Les cours sont récités par cœur, en français, songhaï et bambara, les langues du pays. Fatigués, mais déterminés, les combattants voient défiler leurs journées entre exercices, instruction et... ennui. Ils attendent l'affrontement depuis cinq mois.

 

Devenir soldate, « s'il prête à dieu »

 

Mariam Koné, de Niafunké, au Nord, est fière de la personne qu'elle est devenue, à force d'entraînements, de privations, et de rage. À 21 ans, elle a une voix et une attitude de petite fille, et la musculature de Jackie Chan. Rondes de nuit par tranches de deux heures, instruction militaire, close-combat, maniement des armes... Elle est la première fille à avoir quitté sa ville pour rejoindre le FLNM, en janvier, aux premières heures du conflit dans le Nord. Elle est de ceux qui ont vu la prise de leur ville par les islamistes, mais qui l'ont quittée trop vite pour en subir les effets. «Depuis, j'ai tellement changé! J'étais un bébé gâté, quoi! Je provoquais les gens, j'étais idiote. » Désormais, elle veut, comme la plupart des combat- tants en herbe, «porter l'uniforme». Cette fille d'un militaire tué au combat en Côte d'Ivoire, en a toujours rêvé. Mais « pas de chance, je suis une fille.»

 


... La suite dans Causette #29

Publié le 26 Octobre 2012
Auteur : Dorothée Thiénot | Photo : Malin Palm pour Causette
3541 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette