La copine de Causette Publié le 26 Octobre 2012 par Johanna Luyssen

Océanerosemarie: à l'ombre des lesbiennes en fleurs

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D’abord, il y a Océane Michel. Ça, c’est pour l’état civil. Ensuite, il y a Oshen, une chanteuse folk très poétique, et puis il y a Océanerosemarie et son spectacle très drôle, La Lesbienne invisible, où elle raconte les affres de sa vie de gouine qui porte du rouge à lèvres. Sinon, elle est aussi chroniqueuse pour Europe 1, vient de publier un livre de cuisine pour lesbiennes (si, si !), de créer un spectacle littéraire féministe où elle lit du Despentes et du Winterson, écrit pour le cinéma une comédie romantique sur les filles qui aiment les filles... On reprend notre souffle. Et elle?

Cette fille a 35 ans et environ dix-huit personnalités. Oshen la chanteuse est très sérieuse et fredonne des trucs comme « Comment te dire, je suis en miettes / Un vieux pantin entre les mains d'un enfant bête», mais, des fois, Océanerosemarie la vanneuse prend le dessus et écrit, sur le site Internet d'Oshen : « Elle n'a pas enregistré de cassette - elle date d'après -, mais elle a enregistré deux disques laser.»
Sur son répondeur téléphonique, elle décline toutes ses identités et dit des choses étranges comme : « Nous ne sommes pas là pour le moment, mais laissez-nous un message.» On lui demande si elle souffre d'un trouble de la personnalité multiple. Sa réponse est à son image: un peu absurde, un peu barrée. «En fait, mon numéro ressemble, à un chiffre près, au numéro d'un hôpital pour vieux dans le Sud-Ouest. Eux, c'est 05, moi, c'est 06... Alors bon, à force d'avoir tout le temps des mes- sages de vieux sur mon répondeur [ici, imitation assez convain- cante d'une grabataire du Sud-Ouest, ndlr], j'ai décidé de dire des trucs chelous dessus pour les dissuader de me laisser des messages. Et ça marche...»

 

Pas assez goudou, mais trop goudou

 

Culottée, cultivée, déconneuse, avenante, grande gueule, « autoritaire et drôle », c'est un sacré caractère, un « tyran au grand cœur», comme elle aime se décrire. Elle a grandi dans une famille à la fois conventionnelle et atypique, dans le Sentier, à Paris, « à l'époque où c'était encore très populaire ». Elle le précise, car ça l'agace qu'on la décrive comme une bourgeoise. C'est pourtant ce qu'elle est, du côté paternel surtout. Son père, décédé l'année dernière, se destinait à la prêtrise, avant de tout arrêter pour se consacrer à la musique. Jean-François, le séminariste déchu, a alors cumulé les projets: patron d'une boîte de jazz dans le quartier des Halles, éditeur de musique... Sa mère, Sandra, est une hyperactive: prof à Sciences-Po, à l'université de Genève - entre autres. Des intellos, qui lui offrent une enfance studieuse et musicale: piano à 5 ans, violon à 7. Ses parents divorcent lorsqu'elle a 12 ans. Dans sa chambre, Océane pratique beaucoup la musique, l'écriture de nouvelles; elle chante aussi. Mais très vite, tout cela se fera en autodidacte, parce que, avoue-t-elle, « j'ai un problème avec l'autorité ». Adolescente, elle devient une nana « à petits seins et grande gueule ». Puis, elle découvre qu'elle aime les filles.

 

 

... La suite dans Causette #29

Publié le 26 Octobre 2012
Auteur : Johanna Luyssen | Photo : Aldo Sperber pour Causette
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