La cabine d'effeuillage Publié le 26 Septembre 2012 par Bertrand Dicale & Liliane Roudière

Arno : c'est quoi ce bazar ?!

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Voix ébréchée, langue tavelée, mélodies venteuses, le chanteur belge Arno est de retour avec un nouvel album, “Future Vintage”. L’occasion d’aller lui rendre visite à Bruxelles, au cœur même de l’Europe, au cœur même de l’étrange fabrique qu’est Arno. “Je suis belge, hein, tu vois le bazar.” Voilà, “le bazar”, ça résume bien le personnage.

Arno Hintjens, pour l'état civil, est un hobo céleste de 63 ans. Un beau vagabond des mers du Nord, qui balance en trois langues et au bout d'une voix rauque et éraillée un rock de terrain vague terreux et détrempé. Arno est un cadeau. Il console, nous ramène à la rive, il donne du plaisir, un plaisir intime, secret et déroutant. Il en prend aussi : pour lui, être sur scène, c'est le « jouir ensemble ». Plutôt un beau programme.
Une belle âme sous un visage à brèves de comptoir. Une intelligence sensible et aiguë dans la confrérie aux ego carrés des chanteurs de rock. Un poète qui ne joue pas au poète, un artiste qui ne se croit pas seul au monde... et qui fait salle comble depuis bientôt trente ans, sans la ramener, sans se la péter. Rafraîchissant.
Approcher la machinerie Arno dans le privé, tenter de décoder son « bazar » est un exercice tour à tour complexe et déconcertant. Toujours jubilatoire. Il prend régulièrement le contrepied de nos questions avec une vivacité qui tient de l'elfe, du punk et de l'anarchiste. Et autant le dire, parfois, on ne comprend plus rien (vous allez voir), mais c'est... comme ses chansons, ça vous remue tout au fond ! Il sourit : « Je suis fils du surréalisme, je suis Belge ! » Mais c'est quoi être Belge bon sang ? « Ah ! ça, c'est une bonne question. La Belgique est un pays que l'Europe a construit. C'est un champ de bataille. C'est ici, Waterloo. Alors les Français, les Anglais, les Allemands, tout le monde a décidé que pour avoir la paix, il fallait créer un pays ici. Il y a trois langues en Belgique : le français, le néerlandais et l'allemand. » Il ferme les yeux, réfléchit, prend le temps, le souci de la précision. « Il faut une heure et... dix-sept minutes pour aller à Paris - moins qu'en venant de la grande banlieue. Une heure et... quarante minutes pour le centre de Londres, une heure et vingt minutes pour Amsterdam, une heure pour Cologne. J'ai pas de frontières. » Il ne dit pas « la Belgique
n'a pas de frontières », mais « j'ai pas de frontières ». Or la Belgique n'explique pas tout. Pas tout à fait.
Arno est né en 1949 dans une ville de la Flandre catholique, Ostende, où on voit des temples protestants, des synagogues, des mosquées, un quartier gay, des prostituées en vitrine comme à Amsterdam... Une ville turbulente, industrieuse, insolente.

 

Elvis, son premier frisson


La musique commence à 8 ans. À l'époque, Arno se lève plus tôt que ses meilleurs amis - « C'est le contraire maintenant » - et débarque chez son copain Frank, à cent mètres de chez lui, à l'heure du petit déjeuner pour qu'ils aillent ensemble jouer dans la rue. Un matin, pendant que Frank finit ses tartines, il attend dans le living avec les deux grandes sœurs, « Dorothée et Raymonde. Elles avaient un petit pick-up du genre que j'ai mis sur la pochette de mon dernier disque et des 45-tours. Elles ont passé une chanson d'Elvis Presley, One Night with You, et j'ai eu la chair de poule. C'est la première fois que j'ai joui. »

 

... La suite dans Causette #28

 

Publié le 26 Septembre 2012
Auteur : Bertrand Dicale & Liliane Roudière | Photo : Samuel Kirszenbaum pour Causette
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