Reportages Publié le 26 Septembre 2012 par Feriel ALOUTI, au Liban

Liban : les petites mains du déminage

blog post image

En juillet 2006, Israël lance une guerre éclair contre le Liban. S’ensuivent alors trente-trois jours de bombardements, censés éradiquer la présence du Hezbollah. Bilan : plus de 1 200 morts, en majorité des civils, un million de Libanais déplacés et, six ans plus tard, un territoire encore infesté de mines. Alors, pour nettoyer leur pays saccagé, des Libanaises ont troqué leur tablier de mère au foyer pour un gilet pare-balles, un casque et un treillis. "Causette" les a rencontrées.

Une fois son gilet pare-balles et son casque enfilés, Ibtisam Hammoud se dirige d'un pas décidé vers la zone minée. Un détecteur de métaux dans une main et un bâton dans l'autre, elle ratisse chaque centimètre carré de terre. Malgré la chaleur écrasante de ce mois d'août, la jeune femme reste concentrée. Après quelques minutes, l'engin s'emballe. Elle pose un triangle à terre et creuse doucement autour de la zone. Elle doit vérifier s'il s'agit d'une mine. L'opération est ­délicate, mais ses gestes sont calmes et maîtrisés. Elle sait qu'un seul faux pas peut lui coûter la vie ou l'amputer d'un membre. Mais cette fois-ci, rien à craindre, ce n'est qu'un morceau de métal. Causette assiste en effet à une démonstration, surveillée de près par l'armée libanaise. Car dans cette région extrêmement dangereuse du sud du Liban, aucun civil - et donc aucun journaliste - ne peut pénétrer sur les terrains en cours de déminage.
Depuis quatre ans, Ibtisam Hammoud démine la région qui l'a vue naître. Lorsque cette ancienne vendeuse de bijoux
à domicile de 38 ans, originaire de la ville de Tyr, apprend, en 2008, que l'ONG Norwegian's People Aid (NPA, voir l'encadré ci-dessus) recrute des femmes pour déminer le sud du Liban, elle décide de se lancer. Mais sa décision ne réjouit pas ses proches. Aussitôt, sa mère la prévient : « Qui va élever tes filles si tu meurs ? » Malgré les réticences maternelles et les pleurs de ses propres enfants, Ibtisam entame une formation, au sein de l'ONG, afin d'apprendre son nouveau métier.
La tâche est pour le moins ambitieuse. Selon l'ONG, à l'été 2006, l'aviation israélienne a largué plus de quatre millions de bombes à sous-munitions sur le Liban. Des centaines de milliers n'auraient pas explosé et deviennent donc de véritables mines antipersonnel. Tombées sur les toits des maisons, dans des champs ou sur des chemins de campagne, elles paralysent et effrayent toujours la population. Tous les jours, ces femmes tentent donc de trouver ces bombes qui contaminent les terres agricoles et tuent leurs compatriotes. Depuis la fin de cette guerre éclair, quatre-cents Libanais ont été tués ou blessés par ces mines. Le dernier incident mortel remonte au 4 septembre dernier.

 

... La suite dans Causette #28

Publié le 26 Septembre 2012
Auteur : Feriel ALOUTI, au Liban | Photo : Aimée Thirion pour Causette
2957 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette