Enquete Publié le 26 Septembre 2012 par Agnès Noël

Stérilisations forcées : l'eugénisme existe encore

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Alcooliques, toxicomanes ou issues de minorités ethniques, des milliers de femmes dans le monde continuent à être stérilisées sous la contrainte. Privées du droit fondamental à procréer. En ces temps de stigmatisation des plus vulnérables, la tentation eugéniste pourrait bien ressurgir.

États-Unis : pas d'enfants pour les toxicos et les alcoolos


Préparez vos mouchoirs, vous vomirez plus tard. Dans le genre « tire-larmes », en effet, la confession de Destiny, 20 ans, se pose là. « Je suis la fille adoptive de Barbara Harris. À la naissance, j'ai été diagnostiquée positive au crack et à l'héroïne. Les services sociaux m'ont placée en foyer. Aujourd'hui, je figure sur la liste des meilleurs élèves de mon collège. » Happy end, alléluia ! Barbara Harris a arraché Destiny à sa toxico de mère biologique.
Horreur, cette missionnaire autoproclamée de l'enfance en danger ne s'est pas contentée de « protéger » Destiny. En 1997, elle a créé Project Prevention, association qui s'emploie à stériliser drogués et alcooliques contre une indemnisation de 300 dollars (238 euros). C'est en page d'accueil du site de cette association que s'affiche le témoignage de la jeune « rescapée ». Un laïus émouvant, mais salement instrumentalisé, puisqu'il prétend conférer un visage humain aux pratiques eugénistes de Project Prevention.
Le droit de chacun à procréer ? Barbara Harris, qui a fini par adopter quatre enfants de toxicos, n'en a cure. « Si vous agissez de manière irresponsable, vous devez perdre ce droit jusqu'à ce que vous agissiez de manière responsable », rétorque-t-elle mécaniquement à ses contradicteurs. Ironie de la géographie, Project Prevention est basée en Caroline du Nord. Épinglé pour des actes eugénistes commis entre 1933 et 1977, cet État étudie actuellement la possibilité d'indemniser les victimes de cette barbarie.
Aux États-Unis, jusqu'au milieu du xxe siècle, trente États ont empêché les citoyens considérés comme socialement, physiquement ou mentalement « inférieurs » de se reproduire. Des années 20 à 70, cette régulation du « parc humain » s'est traduite par 60 000 stérilisations. Près d'un siècle plus tard, à titre préventif, libéral et sur l'air de la libre entreprise, Barbara Harris et ses apôtres ressuscitent la même idéologie.

 

... La suite dans Causette #28

Publié le 26 Septembre 2012
Auteur : Agnès Noël | Photo : Marie Liesse
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