Coup de projo Publié le 26 Septembre 2012 par Grégory Lassus-Debat

La fin de la presse papier, c'est maintenant ?

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Loin des Unes de l'actu, une guerre fait rage. En jeu, les finances calamiteuses de la société Presstalis, qui distribue tous les quotidiens, ainsi que 75 % des publications de presse disponibles en France. Bref, ceux qui acheminent les journaux chez votre kiosquier sont en danger. Le tribunal de commerce doit se prononcer le 30 septembre sur un éventuel dépôt de bilan de Presstalis. Quelle que soit la décision, le tribut sera lourd à payer : 1 250 emplois sont menacés. En attendant, les éditeurs, les diffuseurs et l'État cherchent une solution. La messagerie concurrente, MLP, risque de couler avec, mais se verrait bien prendre, après son hypothétique sauvetage, la place du géant défaillant... Tout ça, c'est leur problème, a-t-on tendance à penser... en se trompant lourdement. Parce que ça donne quoi, un pays sans journaux ?

Je vais vous raconter une histoire pas très glamour, une histoire de manutention, de palettes, de conditionnement de piles de journaux, de camions faisant des allers-retours entre des entrepôts et les 28 579 marchands de journaux français. De centaines de milliers d'exemplaires empilés, déplacés, chargés, conduits quotidiennement, de jour comme de nuit. Bref, ce qui fait qu'un exemplaire de Causette arrive entre vos mains. Ces métiers de la presse, tout le monde les néglige et, même dans les rédactions, on ne s'y intéresse guère. Mais, loin des feux médiatiques, c'est la clé de voûte de tout un système qui se fissure sérieusement.

Vous le savez probablement déjà, la presse va mal. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que la chute s'accélère. Les chiffres sont terrifiants. La presse écrite accuse une baisse des ventes de plus de 20 % sur les cinq dernières années et prévoit une chute de 25 % supplémentaires (!) sur les quatre prochaines années.

 

Le covoiturage tourne court


Oui, vous allez de moins en moins au kiosque et cela a des conséquences lourdes pour l'ensemble de la presse écrite. La raison est simple. Moins on vend de journaux, plus ils coûtent cher à produire. Et surtout, à transporter. Pendant de longues années, la presse s'est appuyée sur un système de covoiturage : un exemplaire du Monde voyage dans le même camion qu'un exemplaire de Closer. Ce système de distribution est particulièrement avantageux pour les quotidiens, les autres titres acceptant, par une traditionnelle solidarité, de payer pour les premiers : si Le Monde, qui coûte aujourd'hui 1,5 euro, était acheminé chaque jour tout seul, il coûterait au moins le double et ne se vendrait donc pas. Seulement, ce système de covoiturage exige un volume de ventes élevé des autres publications. Ce qui n'est plus le cas. Tous dans le même camion = tous dans le même bateau. Ça peut vous paraître surprenant, mais Libération, Le Figaro ou Le Monde ont besoin que Closer ou Télé Z se portent bien.
Car, plus leurs ventes, donc leur tirage, chutent, plus le transport coûte cher. C'est le deuxième effet de la baisse. Prenons un exemple que vous connaissez bien : Causette. Certes, le magazine est en bonne santé financière mais, sur les 4,90 euros que coûte le mensuel, 1,63 euro est dépensé rien que pour son transport, soit 30 % de son prix de vente. Il faut bien payer l'essence ! La plupart des journaux et des magazines atteignant déjà difficilement l'équilibre financier, une augmentation de quelques centimes du coût d'acheminement pourrait leur être fatale.

 

... La suite dans Causette #28

Publié le 26 Septembre 2012
Auteur : Grégory Lassus-Debat | Photo : Illustrations : Camile Besse
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