Reportages Publié le 26 Septembre 2012 par Julia Pascual

Doux-Père Dodu : les damnés du poulet

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L’automne arrive et les plans sociaux tombent comme les feuilles mortes : PSA, Air France, Sanofi, Alcatel-Lucent... Et le leader européen de la volaille : Doux. Le groupe est dépecé et près d’un millier d’ouvriers sont licenciés. Tandis que l’obsession du chiffre agite les politiques – il faut limiter la casse –, on oublie l’essentiel : la réalité des conditions de travail des ouvriers Doux, exploités jusqu’à l’os. Ceux qui ont eu la “chance” d’échapper à la charrette des licenciements continueront de s’abîmer sur les chaînes. “Causette” est allée à la rencontre de ce prolétariat qu’on croyait disparu.

Ainsi s'achève, sous les insultes, une histoire de trente  ans. Hélène, Sylvie, Jean-Louis, William... ils étaient ouvriers chez Doux, et, ce mercredi 5 septembre, ils sont venus attendre leur patron à la sortie du tribunal de commerce de Quimper, des œufs plein les mains : « Allez viens, Charles, sors de là ! », « Qui c'est qui l'a dans le cul, hein ? C'est les ouvriers ! » Quelques policiers ont été appelés sur place pour escorter le dirigeant de feu le premier volailler d'Europe, Doux-Père Dodu.
À l'intérieur, Charles Doux, 321e fortune de France, est averti de ce qui l'attend, de l'affront qui va lui être fait. Il convoque alors une poignée d'ouvriers, pour une « table ronde » de quelques minutes. Pour la plupart, c'est la première fois qu'il s'adresse à eux. Il se défend : « Je ne peux rien faire ; j'ai tout essayé. » Il demande : « Laissez-moi sortir. » Il promet : « Je prendrai en charge le trajet que vous avez fait pour venir jusqu'ici. » Dix heures de minibus de nuit depuis Graincourt-lès-Havrincourt, dans le Pas-de-Calais, pour entendre à l'arrivée ce qu'ils savent déjà : leur usine va fermer.
Charles Doux sort du tribunal, quelques mains se lèvent pour faire signe aux autres de ne pas mettre à exécution leur menace. Des œufs fusent tout de même, certains atteignent leur cible, maculant d'une bave jaune le costume du patriarche de 75 ans. « Ordure ! », « Voyou ! », « Lâche ! » La haine jaillit de la bouche de ces ouvriers abîmés par la chaîne. Leur patron s'engouffre dans une résidence, la police fait barrage à l'entrée. Il a disparu. Ce qu'il reste d'œufs vient s'écraser aux pieds des hommes en uniforme. « On protège les riches, mais nous, qui nous protège, hein ? » demande, écœuré, un de ceux qui iront pointer « à l'emploi », comme ils disent.

 

... La suite dans Causette #28

Publié le 26 Septembre 2012
Auteur : Julia Pascual | Photo : Christophe Meireis
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