Publié le 26 Septembre 2012 par Bridget Kyoto

Alicament et les 40 voleurs

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En plus des océans, des campagnes et de l'air des villes, l'écologie veut dépolluer les cerveaux. Prenez le marketing, l'art de vous encrasser les méninges en vous faisant croire ce qu'on veut que vous croyiez. La recette est simple : d'abord, repérer une petite angoisse ; ensuite, trouver une idée pour que la petite angoisse se transforme en gros nargent.
Dans le domaine de la bouffe, c'est facile de polluer le libre arbitre. Comme tout le monde a peur de ne pas être en bonne santé, il suffit de faire croire au consommateur que plus il bouffe, plus il se soigne ! Génial, non ?! On appellerait ça les « alicaments ».
Magie du marketing : le yaourt enrichi te rend zen du tube digestif et rééquilibre ta flore intestinale mise à mal par des hectolitres de vin bio. Grâce aux oméga-3 produits par le cochon (élevé dans une infâme usine à viande certes, mais nourri aux graines de lin), le jambon rajeunit ton teint en ­éliminant les lipides sanguins. Bref, l'alicament soigne tout, sauf la bêtise : tel machin va « t'aider à bien démarrer ta journée » et tel dessert lacté va contribuer à « fortifier tes os ». En fait, ces produits pourraient surtout « contribuer » à te prendre carrément pour une quiche (industrielle)... et ton cul pour du poulet (de batterie).
Car tout ça, c'est du flan ! La preuve, la Commission européenne a commencé à faire le ménage dans cette jungle de slogans. Elle a épluché un peu moins de 2 000 « allégations santé » de produits, avant leur mise sur le marché, et a pondu, en juin, un rapport de 700 pages. Son verdict : seules 222 allégations (poussez le juron de votre choix !) ont été jugées « fondées scientifiquement ». Tout le reste, c'était du marketing. Du blabla. De l'arnaque. Y'a bon.
Mais il faut comprendre les industriels aussi ! L'allégation santé, c'est le truc en plus qui distingue leurs cochonneries des concurrentes. Car, en 2012, les linéaires des super­marchés croulent littéralement sous la bouffe transformée : on trouve désormais 8 000 références en moyenne (contre 800, dans les années 50). Faites le test un jour de courses : postez-vous devant le rayon des yaourts. Cherchez les modèles « nature » : vous en trouverez aux pruneaux pour le transit, à l'ananas pour éliminer les graisses, au bifidus pour « protéger votre planète »... Au total, 281 références. Le double d'il y a dix ans. Conséquence polluante : les poubelles débordent. En moyenne, on jette 30 % de ce qu'on achète et/ou cuisine 1.
Pendant ce temps, l'épidémie mondiale d'obésité grignote du terrain. Savez-vous, petits scarabées, que le nombre de personnes en surpoids est supérieur au nombre de personnes crevant la dalle ? Environ 1,4 milliard de gros (dont 500 millions d'obèses) contre 900 millions de malnutris. Être gros-gros, ce ne serait point grave si cela ne déclenchait pas une rafale de maladies non transmissibles : cancers, diabète, maladies cardio-vasculaires. Aux États-Unis, un adulte sur trois est obèse. En France, un sur sept. En plus, un rapport parlementaire estime à 10 milliards d'euros par an l'impact des gros-gros sur la Sécu... Quant aux pays émergents, ils ont entamé une brutale transition nutritionnelle à base de sodas et de burgers, qui les mènent à faire sauter leur balance.
Du coup, la vraie allégation santé, la seule qu'il faudrait mettre sur la plupart des packagings, c'est : « Pour rester en bonne santé, ne m'achète pas, je suis une cochonnerie inutile et, en plus, je me fous carrément de ta gueule. »
Non, mais.

Publié le 26 Septembre 2012
Auteur : Bridget Kyoto | Photo : Illustration Camille Besse
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