Publié le 30 Août 2012 par Corinne RENOU-NATIVEL

France, Ancien Régime : l'impuissance à la barre

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Dans la France des XVIe et XVIIe siècles, l'absence d'érection constitue un motif de divorce recevable. Les femmes peuvent assigner leur mari devant un tribunal pour obtenir l'annulation du mariage. À eux, alors, d'apporter la preuve de leur virilité en accomplissant leur devoir conjugal en présence de nombreux témoins. Impudique, controversée, mais étonnamment tolérée par l'Église, cette pratique oubliée a fait les belles heures des chroniqueurs de l'époque.

À foison, l'Ancien Régime désigne ses réprouvés : fous, sodomites, alchimistes, blasphémateurs... Y figurent en bonne place les impuissants qui, par leur coupable faiblesse, empêchent leur malheureuse épouse de connaître les bonheurs de la maternité, la soumettent au supplice de la chair inassouvie et en font la proie facile du mortel péché d'adultère.
Au début du XVIe siècle se multiplient ainsi des procès pour impuissance, cause légitime de dissolution du mariage. L'accusé doit faire la preuve de sa puissance sexuelle en montrant « érection », « tension élastique », « mouvement naturel » et « éjaculation ». Au milieu du siècle, la justice fait son intrusion dans le lit conjugal avec l'apparition d'une nouvelle épreuve : le « congrès ». L'accusé est désormais sommé d'honorer son épouse devant un aréopage. Le terme, à l'époque synonyme d'union charnelle, se double donc
d'un sens juridique : il désigne l'« accouplement charnel de l'homme et de la femme ordonné par l'arrêt de la cour » 1. Malgré quelques expériences similaires en Espagne et en ­Italie, le congrès apparaît comme une belle exception française. Si le nombre de procès est difficile à établir, on sait que la pratique perdure plus d'un siècle, suscitant des écrits aussi variés que des traités médicaux et juridiques, factums, libelles et chansons grivoises.


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Publié le 30 Août 2012
Auteur : Corinne RENOU-NATIVEL | Photo : ILLUSTRATION : Musée Carnavalet / Roger Viollet
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