Culture Publié le 17 Décembre 2009 par Victoria Loizeau

Sur les lèvres du Black Popeye Oxmo Puccino

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Montrer plutôt que dire. Ne serait-ce pas là la meilleure façon de raconter une histoire ? C'est ce que le rappeur Oxmo Puccino réussit parfaitement dans son dernier album L'Arme de paix. Avec des touches de couleur estompées, une image parfois incertaine en raison de la subtilité de ses textes, Oxmo nous entraîne dans un voyage aux teintes «vintage». «Causette» l'a rencontré, a fondu, mais a quand même réussi à prendre quelques notes.

Cette ambiance, mais aussi cette profondeur, viennent probablement du fait qu’Oxmo sait mieux que quiconque explorer les sens. « Lorsque j’écris, même si je n’ai pas les moyens du cinéma, j’essaie de développer tous les sens, par le souvenir, par un parfum qui est plaisant. »

Ainsi, à travers l’album, on entend « le bruit de pluie sur le bitume », on goûte à l’amertume d’un jus de pamplemousse, on devine une usine fabriquant des nuages. « Bien utiliser ses sens, c’est la loi du bonheur. Exister ça passe par là, par apprécier ces simples importances. On perd la notion de sentir, on oublie, on croit voir alors qu’on ne fait qu’apercevoir. »

Sentir et percevoir font partie d’une démarche qu’Oxmo Puccino inscrit dans le temps. Son temps, autant que son tempo, battent la mesure de ses textes, comme ce métronome qui introduit 365 jours ou encore Partir 5 mn, autre titre dans lequel il appelle à « saisir l’immensité de l’instant ». A-til le sentiment que le temps lui est compté ? Du haut de ses 35 ans, Oxmo Puccino est un rappeur qui dure. Probablement grâce à son ouverture d’esprit, qui l’a conduit vers des aventures musicales où l’on n’imaginait pas que le rap pouvait trouver sa place. Son avant-dernier album, Lipopette Bar, l’avait emmené vers des chemins jazzy, accompagné des Jazz Bastards. Dans L’arme de paix, il choisit une nouvelle fois de travailler en acoustique, entouré de nombreux musiciens. « Un artiste est en éternelle construction sinon son temps s’arrête. Travailler avec les autres, ça ouvre, ça universalise, ça révèle un artiste. Et moi, je suis dans l’urgence. »

« Nos vies se raccourcissent chaque jour »

Dans ses textes, dans sa voix, la question revient sans cesse. Et pour parler de ses sources d’inspiration, c’est encore une fois à la notion du temps qui passe qu’il se réfère. « Au xxe siècle, l’apogée de la création musicale date des années 60. Aujourd’hui, nous ne savons plus où nous en sommes. Du coup, on revient aux vraies valeurs, celles de ces années-là. »

Et comme pour rendre hommage à ces artistes aux teintes jaunes et marron qui lui sont chères, Oxmo chante Sur la route d’Amsterdam avec Olivia Ruiz, saluant ainsi Jacques Brel. Il s’amuse également à citer Aznavour, dans Soleil du Nord, rappelant qu’ « il (lui) semble que la misère serait moins pénible au soleil ».

Soleil du Nord, émouvant opus dans lequel Oxmo raconte les soleils des différentes saisons qui brillent sur la grande ville. Ça rappelle Le plat pays, Brel encore, et les quatre vents qui traversent les Flandres. Oxmo s’excuse presque de ne pas connaître cette chanson, mais s’empresse de noter le titre sur son téléphone, et promet qu’il ira l’écouter. Lui que les médias surnomment le « Black Jacques Brel » ne l’est finalement ni par mimétisme ni par culture. Il l’est tout simplement. Car, comme Brel, il sait raconter de belles histoires, aux lectures multiples avec des mots simples mais justes, sans rage.

Son plat pays, c’est finalement l’émotion. Mais là, encore une fois, on ne la dit pas, on la montre. Comme cette larme qui coule sur son visage quand le titre de l’album brandit une arme. « Les larmes ne sont pas que tristesse. C’est quelque chose qui nous échappe avec l’âge, qui devient de plus en plus fort avec le temps. Une larme, c’est la joie, très rarement. La tristesse, le plus souvent. Et parfois, on ne sait pas. Mais ne serait-ce pas ce qui représenterait l’humanité ? La preuve ultime que nous sommes là. »

Publié le 17 Décembre 2009
Auteur : Victoria Loizeau | Photo : Jean-Baptiste Mondino
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