Culture Publié le 28 Juin 2012 par Julia Pascual

Mémoires de La Folie

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La BD “Demain, demain” de Laurent Maffre nous emmène dans La Folie, le plus grand bidonville de Nanterre, dans lequel furent entassés quelque 10 000 immigrés – Algériens en majorité –, de 1953 à 1972. Pour réaliser son récit graphique, Laurent Maffre s’est appuyé sur le témoignage de Monique Hervo, une militante de l’indépendance algérienne qui a vécu douze ans, par solidarité, à La Folie. Aujourd’hui âgée de 85 ans, elle revient pour “Causette” sur ce pan d’Histoire de France si récent et déjà oublié.

Causette : Grâce à la BD de Laurent Maffre, on (re)découvre la France des bidonvilles et une histoire de l'immigration assez méconnue. Quel souvenir en gardez-vous ?
Monique Hervo :
Il y avait 17 bidonvilles à Nanterre, mais il y en avait près de 250 dans la région parisienne et plus de 500 au total en France. Ils n'étaient pas forcément peuplés d'immigrés dits « économiques ». En effet, si des Algériens sont venus en France pour échapper à la famine, ils fuyaient aussi la guerre et les camps de regroupement. À leur arrivée, ils ont été envoyés dans des bidonvilles. Alors que les municipalités tablaient sur le fait qu'ils rentreraient tous chez eux, la majorité de ces immigrés a fait le choix de rester, pour une seule raison : ils étaient prêts à tous les sacrifices pour que leurs enfants aillent à l'école.

 

Vous avez choisi de vivre dans le plus grand bidonville de Nanterre, La Folie. Qu'est-ce qui est à l'origine de ce choix ?
M.H. :
J'ai beaucoup été marquée par l'Occupation, j'avais alors 10 ans. À la Libération, j'étais scout, j'ai brancardé les déportés de Buchenwald. Ça aussi, ça marque à vie. Après, il y a eu la guerre d'Indochine. Puis les « événements » de 1954 [le début de la guerre d'Algérie, ndlr], comme on dit. Je suis entrée au Service civil international et j'ai été au contact des premiers mouvements de chantiers d'urgence. Un jour de 1959, j'ai ouvert le journal et j'ai lu : « Incendie au bidonville de Nanterre. » J'ai dit aux copines : « On y va ce week-end pour les rencontrer. » On a été accueillies à bras ouverts, ça a été le déclencheur. J'ai tout de suite proposé qu'on vienne aider à reconstruire une baraque. Ensuite, peu avant les événements du 17 octobre 1961, le Front de libération nationale (FLN) nous a demandé de nous installer sur le bidonville avec les femmes seules. J'y ai vécu douze ans.

 

... la suite dans Causette #26

Publié le 28 Juin 2012
Auteur : Julia Pascual | Photo : Christophe Meireis
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