La cabine d'effeuillage Publié le 28 Juin 2012 par Causette

Bernard-Henri Libye : la guerre en t’aimant

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Tu vois, mon Lapin bleu, je savais que ça allait te retomber dessus ! Je le savais. Tu es trop agité, tu n’écoutes rien. Tu avais gagné une guerre, tu avais écrit un livre, “La Guerre sans l’aimer”, ça suffisait. T’aurais dû direct te mettre sur la Syrie. Ou simplement te reposer ! Mais non, tu as offert à tes détracteurs une bonne partie de rigolade. Je sais, je sais, non seulement tu t’en fous, mais, sincèrement, tu ne te rends pas compte. Même, des fois, tu demandes à Gilles ce que les gens peuvent bien avoir à rire bêtement. Alors, je sors de nouveau de ma réserve et ferai de mon corps un bouclier humain, et ma guerre à moi ce sera de faire taire tous ces ricaneurs. Oui, mon Chachou. Et en t’aimant.

Je l'ai vu, ton film, et il est très bien. TU es très bien, plus exactement. Et ta guerre est très claire. Tout est dit dans ce Serment de Tobrouk et c'est très pédagogique. Début du film, exposé du problème : Kadhafi est un immonde tyran. La preuve : cette affreuse séquence de pendaisons que tu détailles avec tant d'application. C'est un tyran et le peuple n'est pas content, mais alors pas du tout : il se révolte ! Un jour, pendant que tu t'occupes de la révolution en Égypte, place Tahrir, tu entends parler d'un massacre imminent en Libye. Ni une ni deux, comme nous le dévoile Le Point : tu « hèles un taxi et tu lui dis de t'amener », à Benghazi, oui je crois que c'est bien ça. Le taxi fait aussi marchand de fruits et légumes et, franchement, avec Gillou, vous avez l'air un peu tassés derrière dans la remorque, au milieu des pastèques. Bref, tu arrives là-bas. Première étape, trouver le Massoud local. Là encore, coup de bol, y'a un mec du CNT (Conseil national libyen de transition) avec qui ça matche tout de suite. En même temps, vu comment tu parles anglais, c'est sûr, il arrive à te comprendre (« I shall speak with the président de la République tomorrow » : trop mimi !) Là, vous commencez à faire des plans pour chasser Kadhafi, mais il faut quand même l'appui de l'armée française, voire du monde entier, car tu le dis : tu n'es qu'un philosophe, tu ne peux pas tout faire ! Tu prends ces gens du CNT dans ton jet, tu les briefes sur comment il faut parler, et hop ! tu les présentes au Président qui les trouve plutôt chouettes. Ah oui, il les trouve « structurés » et comme il a un peu foiré la Tunisie, la Libye, ça tombe à pic ! Il entre dans la combine.

 

Ensuite, y’a plein d’épisodes et d’allers-retours. Tu vas gagner une bataille, mais pas encore toute la révolution, et l’Otan, c’est bien joli dans le ciel, mais il faut aussi aller chercher des armes pour ceux qui combattent à terre. Et là, tu trouves que ça va pas assez vite. Paf ! Tu vas en chercher toi-même au Bangladesh, au Sénégal, en Israël et aux États-Unis (on te conduit dans un hélico vers un lieu tenu secret. Tu leur as fait confiance ? T’avais pas la pétoche ?) T’en profites aussi pour faire la tournée de tous les médias et répéter sans jamais te lasser le B.A.-BA d’une révolution réussie. Là, personne n’a pu te rater, à moins de vivre sous l’eau. On ne pourra pas dire : « Je ne savais pas. »

 

TU MARCHE SUR L'EAU

 

Bon, je dois terminer le chapitre sur l’Otan, j’ai peur d’oublier des trucs ! Parce que, mon Renard des sables, tu as encore failli mourir. Et oui, pour rejoindre Misrata, tu affrètes un bateau à Malte. Tu montes sur le bateau et là, purée ! tu te rends compte que t’as oublié de prévenir l’Otan et, comme des patates, vous avez embarqué sur un bateau où rien ne marche, ni le compas ni la radio. Vous ne connaissez même pas votre position, car les cartes sont fausses !!! Oh ! bon sang de bois, je me suis sentie mal (heureusement, la mer avait l’air aussi calme que toi, stoïque à quelques heures de la mort, qui tapes sur ton ordi, mais le gars à côté, en train de faire sa prière, il a l’air moins jouasse !) Alors, tu téléphones à quelqu’un d’important et lui demande comment faut faire pour pas être bombardé. Le mec te conseille d’arriver au petit matin, mais que tchi, tu refuses. Parce qu’on l’a vu au plan d’avant, les Libyens ont bien précisé que le Sauveur n’arriverait que par la mer, encore eut-il fallu qu’il zigzaguât entre les bombes ! Tu refuses donc de les faire attendre plus longtemps et tu marches sur l’eau. Le bateau entre de nuit au port, tu es seul sur le pont, une poignée d’hommes t’attend. Émotion. J’ai eu plein de larmes dans la gorge et un peu froid pour toi, qui n’avais même pas de manteau. Il faut voir comment ces hommes sont contents de te voir arriver. Il y en a un qui pleure sur son frère disparu, et toi, magnanime, bouleversé pardon, tu le prends dans tes bras et tu lui fais l’imposition des mains. Ça le calme tout de suite, le pauvre.

 

TU TRAQUES LES "SNIPERS"

 

Après, tu dors sûrement quelque part et au matin, avec des guérilléros qui te sont dévolus (et on voit qu’ils ont fait des efforts vestimentaires, ils sont bien propres et bien secs, malgré le sable et la chaleur), tu fais le tour de la ville déserte, traquant les snipers (au passage, permets-moi de te dire qu’on ne cherche pas des snipers en marchant en plein milieu de la rue !). Donc, tu finis d’ausculter le désert à la jumelle (pardon mon Chou, mais j’ai ri un peu de te voir déraper en escaladant la dune avec tes mocassins... Je t’avais bien dit de passer chez Decathlon avant de partir !). Plus de snipers à l’horizon, et pas de tanks non plus, tu es rassuré et tu repars. Ce que j’aime te voir donner des ordres, toi qui n’as pas fait l’armée ! Tu lis les cartes d’état-major et sembles même les comprendre : et il faut bombarder ici et brouiller cela (« No fly zone, no fly zone ! » : j’adore quand tu martèles ça ! « No Fly zone, no fly zone ! ») Là, j’ai eu un petit coup de mou. Je crois que c’est à cause de la voix off. C’est ta voix bien sûr, et je l’aime, mais je sais pas comment dire : c’est une sorte de mélopée, comme un mantra. Je ne sais pas si c’est l’amour ou le désir, mais je crois que je me suis assoupie, un peu repue, tu vois. J’imaginais que tu murmurais àmon oreille… Donc, j’ai un peu raté des trucs, j’ai l’impression. Mais j’ai bien récupéré à la fin quand tous les grands de ce monde disent du bien de toi.

 

Voilà, le film est fini. Ah non ! parce que tu prends bien soin de régler ce qu’on t’a reproché : fallait-il y aller ou pas ? La charia et tout le bin’s. Et là, tu contre-argumentes avec… des images de ton film — celui qu’on vient de voir —, mais en sépia. J’ai eu un petit peu peur… Enfin, tu vois, quoi. L’histoire sans fin, tout ça.

 

Ah ! la charia. J’avais adoré ton argument dans la presse : « Il y a charia et charia. » T’es vraiment unique ! Bref, tu filmes des femmes (il était temps, y’en a pas une seule dans ton film) et tu dis que ça t’étonnerait bien qu’elles lâchent l’affaire. Vlan, dans les dents !

 

Bon, voilà, c’est vraiment fini. Et alors les ricaneurs, on peut savoir ce qu’il y a de rigolo dans ce film ? Y’en a qui t’ont appelé Mabrouk et d’autres qui ont pensé que c’était le nouveau Borat... Quelle indigence ! Le film ne marche pas ? Vraiment pas ? Et alors ? C’est bien la preuve que Bernard a raison, contre tous. Il est THE Ennemi.

 

Mais mon Bernard, c’est juste un enfant très doux qui ne démêle pas le rêve de la réalité. Dans sa tête, il est là pour apporter la paix dans le monde. Le problème, c’est qu’il y a toujours quelqu’un qui le laisse faire. Alors, s’il vous plaît, laissez-nous vivre en paix, mon Jean Moulin du désert et moi. Il me fait tellement frissonner. Même au coeur de l’été.

 

Publié le 28 Juin 2012
Auteur : Causette | Photo : ARJA HYYTIAINEN/AGENCE VU
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