Vue du labo Publié le 28 Juin 2012 par Antonio FISCHETTI

Éloge du bavardage

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“Beau temps pour la saison, n’est-ce pas ?– Oh, oui, mais un peu frais”... Les conversations sur le temps qu’il fait sont souvent considérées comme de vains bavardages. À tort. Car il est très utile de parler pour ne rien dire. Les linguistes ont même donné un nom à ce type de conversation : la “communication phatique”. Et elle joue un rôle essentiel dans le lien social.

S'inquiéter de la météo avec la concierge, demander si « ça va » au voisin de palier, commenter le match de foot à la machine à café, dire à une collègue qu'elle a une jolie robe et « comment va le petit ? »... La journée est remplie de communication phatique. Celle-ci a été définie par le linguiste Lucjan Malinowski comme « un type de conversation dans lequel le lien est créé par un simple échange de mots ». En clair, on ne parle pas pour transmettre de l'information. On parle juste pour parler. Pour « maintenir le contact » disent les linguistes. La communication phatique peut prendre plusieurs formes. Quand vous dites « allô » au téléphone, vous signifiez à votre interlocuteur qu'il n'est pas tout seul (établissement du contact). Idem quand vous ponctuez de « hum, hum... » attentionnés la conversation d'autrui (maintien du contact). Parler de la pluie et du beau temps est une façon de montrer nos bonnes dispositions à l'autre. Ça n'est pas rien. Et c'est même énorme.
Avant de savoir parler, nos ancêtres préhistoriques devaient sûrement pousser quelques grognements phatiques lorsqu'ils croisaient leurs potes au détour d'un buisson. Le bébé, aussi, commence par s'exprimer en mode phatique, d'après la linguiste Marina Yaguello : « La fonction phatique précède le langage articulé, puisque le gazouillis du nouveau-né lui sert à établir le contact avec son entourage. » Papoter sur des banalités, c'est toujours un peu gazouiller.



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Publié le 28 Juin 2012
Auteur : Antonio FISCHETTI | Photo : ERIC GARAULT/PICTURETANK
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