Culture Publié le 31 Mai 2012 par Bérangère PORTALIER et Delphine HENRY

Depardon-Nougaret : d'image et de son

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Raymond Depardon, un nom qui accompagne notre mémoire collective depuis plus de trente ans. De lui, on connaît son travail photographique, ses images des États-Unis, du désert, des paysans. Et puis ses documentaires qui montraient les hommes face aux institutions. Dans les tribunaux, les hôpitaux, les commissariats. Une carrière riche, constamment créative. De sa femme, Claudine Nougaret, on ne connaît rien. On n'a même pas retenu son nom. Elle a pourtant été la première femme chef opératrice du son du cinéma français - c'était sur "Le Rayon vert", de Rohmer. Et surtout, depuis "Urgences", en 1987, elle a travaillé avec Depardon sur la majorité de ses films. À la faveur de la sortie de "Journal de France", le 13 juin, premier long-métrage qu'ils coréalisent, rencontre avec ce vieux couple qui se chamaille, s'encourage et irrigue nos écrans de son regard sur le monde.

Elle est au son, lui, à l'image. Ils ont décidé que sur les films, ils seraient à 50-50, même si la notoriété en a décidé autrement. Ensemble, ils ont traversé la France et le monde, enregistrant des kilomètres de bandes-son et d'images. Urgences, Délits flagrants, Un homme sans l'Occident, Profils paysans : autant de films qui ont marqué l'histoire du cinéma et du documentaire et que Raymond a signés seul. « Claudine aurait pu signer tous les films qu'on avait faits ensemble, depuis le départ avec Urgences. Mais voilà, elle ne l'a pas fait, peut-être que c'était l'air du temps. »

 

Journal de France

 

Journal de France sera donc leur première coréalisation officielle. « Raymond avait, depuis longtemps, cette envie de faire un film avec les rushes accumulés au cours de sa vie, raconte Claudine. Mais il ne fallait pas tomber dans le film d'archives. Alors, j'ai eu cette intuition qu'il fallait mêler ces images à d'autres, actuelles, de Raymond en train de faire le tour de la France dans son camion pour photographier le territoire. » On voit donc le photographe à l'œuvre, sillonnant les routes pour dresser simplement un état des lieux de « la France des sous-préfectures ». Il s'énerve devant les voitures qui passent devant son objectif, attend la bonne lumière, hésite à s'arrêter, ou non, dans un village. En parallèle de ce quotidien de photographe, Claudine a monté les fameuses archives de Raymond et en a écrit le commentaire. Sa voix de jeune fille nous guide. Elle raconte leur vie, liée à la marche du monde par les reportages de Raymond : les émeutes au Venezuela, le Printemps de Prague, les mercenaires du Biafra, l'otage Françoise Claustre, la rencontre avec Nelson Mandela... « Moi, j'étais une petite souris qui essayait de faire sa place, et il a fallu que Raymond s'en aille faire ses photos en camion pour que je commence à monter les archives et à travailler sur la voix off. Je n'ai pas pu l'écrire devant lui. J'ai dû passer par des étapes où je disais tout ce qui n'allait pas dans notre couple, puis enlever toutes les scories, pour que cette voix off ne soit pas un cri. »

 

... la suite dans Causette #25...

Publié le 31 Mai 2012
Auteur : Bérangère PORTALIER et Delphine HENRY | Photo : Christophe MEIREIS
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