Publié le 31 Mai 2012 par Bérangère Portalier

Stéphanie : comme un homme

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‘‘J'ai 30 ans et je suis la fille du plus grand macho du monde. J'ai toujours entendu mon père faire des commentaires méprisants sur les corps des femmes : « Celle-ci, elle a un cul énorme », « celle-là, je me la ferais bien ». Bien sûr, il a trompé ma mère, on le savait. D'ailleurs, il la méprisait ouvertement et lui faisait des remarques sur son corps qui portait les stigmates de ses trois grossesses. Alors, le jour où ma mère nous a annoncé qu'elle le quittait enfin, mes sœurs et moi avons été soulagées de faire sortir ce type de notre vie. Mais j'avais 17 ans, c'était trop tard, les hommes étaient devenus mes ennemis. Je trouvais leur désir laid et je pensais que l'unique moyen de ne pas être leur victime était de me comporter comme eux. Je savais aussi qu'ainsi, je faisais plaisir à mon père : j'ai toujours été le fils qu'il n'a pas eu, et son regard est resté important pour moi.
Je m'habillais avec des baggys, très larges. J'espérais, comme une adolescente romantique, qu'un garçon découvre mon âme avant d'être attiré par mon corps, donc je me cachais ; enfin, pas totalement. J'ai développé un art subtil de « voilé/dévoilé ». Pour que ce corps ne soit pas trop visible tout en suggérant que j'étais très belle. C'était important, car mon père ne supportait pas le moindre défaut physique chez ses filles. Comme j'étais bonne vivante, je me faisais vomir pour rester mince. Je me trouvais jolie. J'ai gardé en moi cette immense satisfaction de contrôler mon corps.

 

... la suite dans Causette #25...

Publié le 31 Mai 2012
Auteur : Bérangère Portalier | Photo : Flore-Aël Surun/Tendance Floue
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