Grand Reportage Publié le 31 Mai 2012 par Antonio Fischetti

Déchets de guerre La bombe à retardement

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Les guerres mondiales sont terminées depuis longtemps, mais une conséquence inattendue est apparue : la pollution chimique. Qu'il s'agisse d'obus non explosés à l'impact ou de ceux jetés en décharge sauvage par les autorités, des centaines de millions de munitions sont disséminées un peu partout en Europe et risquent, du fait de la corrosion de leur enveloppe, de libérer dans l'environnement leur contenu toxique. Si les pays nordiques s'en préoccupent, la France, elle, fait l'autruche. Petit périple, de Verdun à la mer Baltique, sur les traces de ces nouvelles séquelles de guerre.

Hommage aux grands d'abord, commençons par la forêt de Verdun. Les cicatrices de la Grande Guerre y sont encore très visibles. La terre est déchirée de trous d'obus. Ici, une tranchée. Là, un abri allemand. Au sol, toutes sortes de fragments métalliques. Les techniciens de l'Office national des forêts (ONF) nous remettent dans l'ambiance : « De février à décembre 1916, 60 millions d'obus ont été tirés sur la forêt domaniale de Verdun. Cela fait un obus par mètre carré. » On imagine l'enfer. Ou plutôt non, on n'imagine pas.


À propos d'obus, en voilà un sur le bord du chemin. Il fait bien 30 centimètres, il est un peu rouillé, mais sûrement encore actif. « Il n'a pas explosé et, par le jeu des gels et dégels, il est remonté à la surface du sol. Il a été placé sur le bord du chemin en attendant que les services de déminage le récupèrent. On estime qu'environ 15 % des obus tirés n'ont pas explosé. » 15 % de 60 millions, ça fait quand même 9 millions d'obus qui truffent le sol. L'an passé, plus de 15 tonnes ont ainsi été récoltées dans la forêt de Verdun.


Le premier danger est celui de l'explosion, et des imprudents en sont parfois victimes. Le second est la pollution, parce qu'un obus, c'est bourré de produits toxiques. Notamment d'arsenic et de mercure pour les obus conventionnels et, pire, d'ypérite - le gaz moutarde - pour les obus chimiques. Ils sont contenus dans l'enveloppe métallique de l'obus, qui, au fil des ans, rouille et devient poreuse. Au bout de combien de temps ? C'est tout le problème. Près d'un siècle après la Première Guerre mondiale, il est grand temps de se poser la question. Malheureusement, les sols de Verdun n'ont été analysés qu'en de rares endroits.

 

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Publié le 31 Mai 2012
Auteur : Antonio Fischetti | Photo : Christophe Meireis
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