Reportages Publié le 31 Mai 2012 par Mathilde CARTON & Floriane LOUISON

Majorettes Retour de bâton

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Ex-ambassadrices de charme des villages français, les majorettes du xxie siècle continuent de manier leur bâton en cadence. Alors que les clubs à l'ancienne, ringardisés, périclitent, les plus modernes cartonnent en défilant sur du Beyonce. C'est la querelle des Anciennes et des Modernes ! Sous les jupes des majorettes, sur fond de bâtons et de paillettes, Causette a mené l'enquête.

Un dimanche de printemps au gymnase de Bully-les-Mines, petite ville du Pas-de-Calais. À peine arrivées sur le parking de la salle Marcel-Becq, des majorettes répètent leur chorégraphie. Elles ont 8, 14, ou 28 ans, font du 36 ou du 44 : seul point commun, des paillettes, des justaucorps fluo et des bottes blanches. Un attirail tape-à-l'œil que les parents photographient sous tous les angles. Gonflées à bloc, les Fleurs de lys - des Lilloises - viennent affronter les Bleuets de Bully, mais aussi les Mystics de Bray-Dunes, les Diablesses d'Anzin ou les Starlettes de Liévin. En tout, une trentaine de clubs du Nord-Pas-de-Calais, aux noms tous aussi désuets les uns que les autres. Quand elles ne prennent pas la pose, les filles jouent avec leur bâton ou replacent joyeusement les plumes de leur chignon. La ­compète peut commencer...


Enfin, dans le milieu, on dit plutôt « festival », car le défilé de majorettes, ce n'est pas un sport, mais une tradition festive. Le concept n'est certes pas français (il est américain), mais il a très bien pris chez nous avec, en 1961, un premier club fondé à Moulins, en Auvergne. Le maire de l'époque s'entiche de ces militaires de pacotille (majorette signifie « petit major »), qui se déplacent en rang, vêtues de hauts-de-forme immenses et de vestes à brandebourgs. Leur mission : devenir l'emblème, à la fois sexy et martial, de nos bons vieux villages des Trente Glorieuses. Elles contribuent aussi, comme l'explique le sociologue Sébastien Darbon 1, à « promouvoir des loisirs sains pour la jeunesse », en associant « morale et sport ». Tout un programme, qui a très bien fonctionné... mais un temps seulement. Car si le succès est là, le retour de bâton ne tarde pas. La majorette devient bientôt le symbole de la quiche parfaite : sourire Colgate, démarche hiératique, allure militaire. Elle agace et, surtout, suscite les moqueries. Pierre Desproges s'en paie une dans sa Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède : « Joviale, jusqu'à friser l'hébétude, la majorette affiche en toutes circonstances sur son visage la fringante sérénité des êtres que nul doute n'habite. » Ouille !


Retour à Bully-les-Mines, où les filles se moquent bien des sarcasmes. Elles ont la gagne. L'organisatrice et entraîneuse des Bleuets, tout en jogging mauve, motive ses troupes en éructant au micro : « L'année dernière, vous nous avez mis plus bas que terre, vous nous avez craché dessus ! Cette année, vous verrez ce qu'on est capable de faire ! »

 

... la suite dans Causette #25...

Publié le 31 Mai 2012
Auteur : Mathilde CARTON & Floriane LOUISON | Photo : Anne LEROY pour Causette
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