Politique Publié le 31 Mai 2012 par Julia PASCUAL

Harcèlement sexuel Chronique d'un désastre annoncé

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Le 4 mai, le Conseil constitutionnel a décidé de rayer le délit de harcèlement sexuel du Code pénal, créant un vide juridique dramatique : des dizaines de victimes sont laissées sur le carreau tandis que les harceleurs peuvent agir en toute impunité. Cette situation ubuesque est le résultat logique - et hélas, prévisible - de dix ans d'inertie législative. Alors que le nouveau gouvernement promet de légiférer avant l'été, "Causette" revient sur les différentes étapes d'un désastre annoncé...

« Je suis dégoûtée. » Aline Rigaud est amère : l'homme qu'elle accuse de harcèlement sexuel est parvenu à faire supprimer le harcèlement sexuel du Code pénal ! Cet homme, c'est Gérard Ducray, adjoint UMP au maire de Villefranche-sur-Saône, en charge de la sécurité au moment des faits, en octobre 2009.
Aline est alors employée stagiaire dans son service, elle est sur le point d'être mutée. Un jour, Gérard Ducray l'appelle dans son bureau. Ils évoquent ensemble sa situation professionnelle ; il lui propose d'appuyer ses démarches. Soudain, « il s'est littéralement jeté sur moi, raconte-t-elle. Il m'a enlacée puis m'a embrassée sur les deux joues. J'étais tétanisée ». « Il n'avait jamais fait de tentative d'approche », précise Aline. « Je lui ai répété peut-être une vingtaine de fois que je ne couchais pas. » Mais, « il a continué en me caressant les mains ». Quatre jours plus tard, « rebelote, il pose sa main sur ma cuisse ». Aline décide alors de déposer une main courante. « Quand le maire de Villefranche-sur-Saône l'a appris, il m'a demandé si je n'avais pas aguiché Gérard Ducray. Il m'a dit que ce n'était pas moi la victime, mais la Mairie. » L'employée ne se démonte pas. Elle apprend qu'au moins trois femmes, dont deux employées de la Mairie, disent avoir aussi fait les frais du comportement de Gérard Ducray. Toutes ont déposé une main courante.
Aline décide donc de porter plainte pour harcèlement sexuel. Elle sait que sa démarche risque de la « griller » et qu'elle devra retourner à son premier métier, celui d'enseignante. Car l'homme qu'elle accuse n'est pas n'importe qui. Avocat de profession, Gérard Ducray fut député du Rhône de 1968 à 1974, puis secrétaire d'État sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Aujourd'hui, s'il n'est plus adjoint, il est toujours présent sur la photo de classe des élus de Villefranche-sur-Saône, comme conseiller municipal... Et cela, malgré ses condamnations en première instance et en appel.

 

... la suite dans Causette #25...

Publié le 31 Mai 2012
Auteur : Julia PASCUAL | Photo : Narelle Autio / Agence VU
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