Culture Publié le 03 Mai 2012 par Bérangère PORTALIER

Denis Lavant : la scène à haute dose

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Vingt ans après le calvaire des « Amants du Pont-Neuf », Denis Lavant vient de tourner dans « Holly Motors », le nouveau long-métrage du réalisateur Léos Carax. Le comédien a aujourd’hui 50 ans et un CV épais comme un dictionnaire, mais il est toujours possédé par cet envie viscérale de jouer, d’aller se colleter avec le public sur les planches. Rencontre avec un homme sans concessions.

Misérable Jiminy Cricket recroquevillé sur son bout de table, épaules tombantes et jambes croisées, il touille les feuilles de thé qui dansent au fond de sa tasse. Affublé d'un méchant bonnet et d'un veston troué, il parle, il parle... Son visage s'éclaire parfois d'une malice enfantine, puis, soudain, pour un jeu de mots ou un trait d'esprit, il éclate de son rire homérique... Regarder Denis Lavant, c'est déjà être au théâtre. Sur son visage aussi changeant qu'une eau vive, les personnages s'incarnent, s'enchaînent et se métamorphosent : « Je déteste le naturel, ça m'emmerde ! Dans la vie, on n'est pas naturels. Tout le monde est plus ou moins en représentation et dans un rapport à l'image qu'il pense projeter de lui-même. » Ainsi, Denis Lavant joue. On avait pourtant cru qu'il se livrait à nous avec sincérité et générosité... à moins qu'il ne soit bon acteur.

Ce théâtre qu'il adore et dévore


Pour ceux qui le connaissent, Denis Lavant est d'abord et surtout Alex, projection fantasmée de Leos Carax et personnage principal récurrent de ses longs-métrages. Il l'a incarné dans trois films, dont les deux derniers aux côtés de Juliette Binoche : Boy Meets Girl, en 1984, Mauvais Sang, en 1986, qui avait confirmé le réalisateur dans son statut d'étoile polaire du cinéma dit « néobaroque » , et enfin Les Amants du Pont-Neuf, en 1994. Ce film-paquebot, version Titanic, aura convulsé durant trois longues années de tournage avant de s'échouer mollement sur les galets du box-office (870 000 entrées en France). S'en suivront des années de vaches enragées pour Carax, mais pas pour Lavant, qui continue sa carrière touffue et insolite, bien que le terme « carrière » lui sied très mal. Même s'il se marre sur sa propension à « aller de lavant » et insiste sur l'importance d'être fidèle à sa trajectoire, l'idée d'une ascension lui est totalement étrangère. Ça friserait même le mauvais goût. La célébrité n'est pas son fort et quand elle a commencé à venir, après Mauvais Sang, ça l'a dérangé. C'est sa « complexion personnelle ».


... la suite dans Causette #25...

Publié le 03 Mai 2012
Auteur : Bérangère PORTALIER | Photo : William BEAUCARDET pour Causette
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