La cabine d'effeuillage Publié le 03 Mai 2012 par Liliane ROUDIÈRE & Isabelle MOTROT

Pascal Arnold & Jean-Marc Barr : les grammairiens du corps

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“Chroniques sexuelles d’une famille d’aujourd’hui” : voilà un film jouissif ! Au propre et au figuré car, avouons-le, on sort de la projection avec un léger et très agréable chatouillement dans le bas-ventre. Ça devrait être la fête sous la couette, et ça fait du bien ! L’occasion de rencontrer – et de remercier – les auteurs et réalisateurs, Jean-Marc Barr et Pascal Arnold. C’est le sixième film en commun de ces deux jeunes quinquagénaires qui ne se lassent pas de questionner, de confronter la sexualité et la liberté. La plupart du temps, sur le mode dramatique. Ici, ils ont décidé, avec une ouverture fraîche sur le monde, de revisiter “la grammaire filmique du porno”. Rien de glauque, que du plaisir et de la joie. Un “porno” pour toute la famille. Rien que ça !

Voilà deux gars qui n'auraient pas dû se plaire autant. L'un, méconnu, Pascal Arnold, est un titi parisien pure souche tandis que l'autre, Jean-Marc Barr, vedette internationale, est un pur « produit » américain. Barr a la gueule du Ricain fantasmé, celui qui a dû défiler sur les Champs-Élysées, à la Libération, des chewing-gums et des capotes plein les poches. Pascal, lui, a dessiné sur sa gueule d'ange quelques traces d'une vie avalée précocement. Tandis que ce dernier expérimentait la liberté dès 12 ans, allait chaque jour au cinéma, lisait tout ce qui lui tombait sous la main et discutait capote avec sa mère, Jean-Marc, lui, voulait être un fils modèle : « Chez moi, on n'était pas très livres, on était plutôt Sport & Clean ! Jusqu'à 17 ans, je voulais tout faire pour faire plaisir à mes parents. C'étaient des gens bien, ils croyaient au système. » Tous deux, de souche paysanne, ont réussi à s'extraire de cette condition : Madeleine, sa maman française, infirmière, épouse l'Américain Lee Hal, surnommé « Cat », militaire à l'US Air Force. Un foyer dans lequel on s'aime, mais où « on ne questionnait pas. Il y avait l'Amérique et c'est tout ! » Il sera bon élève, capitaine de l'équipe de football, et fréquente assidûment l'église. Il rigole (Jean-Marc Barr rigole beaucoup et très fort, souvent en faisant tomber les cendres de sa cigarette dans le creux de sa main) : « J'étais même leader de mon youth group. J'étais un Américain idéal, j'avais la foi et j'ai même failli être curé ! Les prêtres m'ont sauvé de ma prêtrise. »

Échapper au formatage


Ah oui ! Mais grâce à un « heureux incident », sa prêtrise sera avortée en plein vol. Par hasard, en poussant une porte sans frapper, il découvre le curé, celui-là même qui le couvrait de honte quand il osait confesser ses émois sexuels, en pleine partie de jambes en l'air avec un surfeur. Il découvre alors l'hypocrisie et ses désastres. C'en est fini de la religion. En restera sans doute cet attrait profond pour la spiritualité. Au passage,  remercions le Bon Dieu de s'être tiré une balle dans le pied et d'avoir remis cet homme sur notre route. Plus tard, son arrivée à Paris en 1979 fait exploser tous ces repères. « C'est là que j'ai découvert ça : j'avais été bridé. Devenir acteur était faire acte de révolte. Too Much Flesh [l'histoire d'un homme qui découvre la sexualité sur le tard, ndlr], c'est un peu mon histoire. » Il semble qu'aujourd'hui encore toutes ces géographies s'entrechoquent dans son esprit. Il sourit : « Je suis toujours en valise, mais je paie mes impôts en France. Je pense que j'habite ici. »



... la suite dans Causette #25

Publié le 03 Mai 2012
Auteur : Liliane ROUDIÈRE & Isabelle MOTROT | Photo : Christophe Meireis
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