Les gens Publié le 03 Mai 2012 par Johanna LUYSSEN

Syrie : tout perdre pour la révolution

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Samar et Omar ont tourné le dos à leur vie d’hier et embrassé la révolution syrienne. À Paris comme à Damas, ils luttent, à leur manière, contre le régime de Bachar al-Assad. Un an après le début de la révolution, qui est en train de tourner en guerre civile, rencontre avec Samar Yazbek, écrivaine et activiste réfugiée à Paris depuis juillet 2011, et Omar, dit Omar al-Khani, jeune Syrien revenu à Damas dès le début de la révolution. Tous deux nous racontent, concrètement,leur lutte. Histoire d’une révolution 2.0, de messages Facebook en vidéos tournées avec des téléphones portables, en passant par des distributions de tablettes de chocolat…

SAMAR ou la résistance féministe. Un mercredi matin dans un café parisien. Au bout d'un quart d'heure d'entretien,  Samar Yazbek a envie d'une cigarette. Elle fume beaucoup. On sait, en ayant lu son journal de guerre, qu'elle a tenu des mois ainsi. Dormir trois heures par nuit, sous perfusion : tranquillisants, café, cigarettes. Elle a subi une tension insupportable et ça n'est pas fini. Son regard est dur, son sourire est las. Ce matin-là à Paris, où elle vit en exil depuis juillet 2011, elle n'est pas tranquille.
C'est l'histoire d'une bourgeoise lettrée qui devient l'une des porte-voix de la révolution. Samar est issue d'une famille très aisée de la bourgeoisie syrienne. Sa ville d'origine, Jablé, est un adorable port méditerranéen comme on en trouve des tas au Moyen-Orient, avec son amphithéâtre antique, ses plages de sable blanc et l'odeur des citronniers. Pour l'anecdote - et seulement pour l'anecdote -, sa famille est apparentée à celle d'Oussama Ben Laden (Najwa Ghanem, une de ses parentes du côté maternel, fut la première épouse de Ben Laden). Surtout, Samar est alaouite, la communauté de l'élite syrienne, dont est issu Bachar al-Assad. C'est ce statut qui lui a sauvé la vie : le régime a hésité à tuer une alaouite, même résistante, de peur de diviser cette communauté dont il tire sa légitimité. Mais cette identité alaouite, c'est aussi ce qui la poursuit : depuis qu'elle est officiellement une ennemie du régime, sa famille l'a reniée publiquement.
De ses proches restés en Syrie, on ne saura rien, à part deux ou trois mots dans son journal : « Ma famille a toujours affiché une totale adhésion au régime et me voit aujourd'hui comme une renégate, un sujet de honte. » Devant nous, elle n'en dira pas plus, détourne la tête. Prochaine question ?



... la suite dans Causette #25...

Publié le 03 Mai 2012
Auteur : Johanna LUYSSEN | Photo : Tomas Munita/The New York Times-REDUX-REA
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