La copine de Causette Publié le 03 Mai 2012 par Julia PASCUAL

Isabelle Le Bourgeois Une nonne en zonzon

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Elle est psy, bonne sœur et contrôleuse des prisons. Aucune contradiction entre les trois habits. Sur le divan, derrière les barreaux ou auprès de Dieu, Isabelle Le Bourgeois porte toujours l’amour de la vie et des hommes en étendard. Pendant quatorze ans, elle a écouté les détenus de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Aujourd’hui, elle continue d’aller au-delà des murs dire aux « enfermés », mineurs délinquants, fous ou criminels, la part d’humanité qu’ils ont en eux.

N'insistez pas, elle ne vous donnera pas sa date de naissance. Ni sa taille (même s'il est évident qu'elle vous prend au moins deux têtes). Elle refusera de vous révéler si elle est toujours en analyse, qui sont ses amis « de cinquante ans », ou encore le nom de son programme télé préféré. Elle vous prévient, elle « n'aime pas les indiscrétions sur sa vie intime, sa vie d'avant par exemple », quand elle n'était pas encore bonne soeur et qu'elle avait un compagnon.  Oui, faire un portrait d'Isabelle Le Bourgeois, c'est accepter de passer par des phases de découragement intense. Ses refus se multiplient, toujours courtois mais justifiés. Psychanalyste depuis une quinzaine d'années, elle ne veut pas que les patients de son cabinet parisien puissent « fantasmer » sur tel ou tel détail de sa personne. Il faut que le transfert se fasse, en toute sérénité.

Cette intimité qu'elle nous refuse, Isabelle Le Bourgeois l'a pourtant passablement sondée chez les autres. En tant qu'analyste, mais aussi les quatorze années pendant lesquelles elle a détenu les clés des cellules de la maison d'arrêt pour hommes de Fleury-Mérogis (Essonne), l'une des plus grandes d'Europe, connue pour sa vétusté et sa surpopulation.  Là-bas, Isabelle Le Bourgeois était aumônière catholique,  salariée de l'administration pénitentiaire, et guidée par un leitmotiv : « Tout être humain vaut le coup qu'on essaye de le comprendre et qu'il puisse comprendre le sens de sa vie. » Cette conviction n'était pas naturelle chez cette sexagénaire,  même si elle croit avoir toujours été attirée vers les plus démunis.

En fait, c'est plutôt du côté des victimes qu'Isabelle se voyait œuvrer lorsque, à 34 ans, elle a pris un virage à 180 ° pour devenir religieuse. Oui, sour Isabelle n'a pas toujours été en amour avec le Seigneur. Si, dès son plus jeune âge, elle a passé avec succès tous les sacrements d'initiation, elle a perdu la foi adolescente et foncé vers un destin des plus classiques,  eu égard à son milieu d'origine bourgeois. Après des études de droit, elle a fait carrière comme dirigeante dans le courtage en assurances. « Je ne le renie pas du tout, dit-elle aujourd'hui.  J'ai gagné ma vie, eu des salariés... »

 

... la suite dans Causette #25...

Publié le 03 Mai 2012
Auteur : Julia PASCUAL | Photo : Frédéric STUCIN pour Causette
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