Publié le 29 Mars 2012 par Rafaële Garnot

Marc Garanger, photo résistant

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« Venez voir, venez voir comme elles sont laides, venez voir ces macaques, on dirait des singes ! » hurle un homme à l'attention des officiers de l'état-major. Nous sommes en 1960 à Aumale, une petite ville au sudest d'Alger, quand un capitaine de l'armée française découvre, sur son bureau, des photos d'identité de femmes algériennes. Pour couper la rébellion de ses bases populaires et contrôler les déplacements des Algériens dans les villages de regroupement, l'armée française a décidé de leur attribuer des cartes d'identité. Marc Garanger, jeune photographe, appelé du contingent, est chargé de réaliser les photos. En dix jours, il exécute près de deux mille portraits. En majorité des femmes. Assises sur un tabouret devant le mur blanc d'une mechta 1, elles ont l'obligation de retirer leur voile devant son objectif, au vu et au su de tous. Indigné par ces pratiques humiliantes, Marc Garanger réalise son premier acte de résistance en élargissant son cadre de prise de vue : détails de costumes, turbans, bijoux, tatouages. Parfois, un geste, une main recroquevillée sur un voile racontent la violence que les regards occultent.

En 1961, ces photographies sont publiées dans L'Illustré suisse sous le titre « Voilà ce que la France fait en Algérie ». C'est le début d'une grande aventure qui conduira Marc Garanger à exposer son travail dans le monde entier et à retourner en Algérie, quarante ans plus tard, à la recherche de ces femmes oubliées. Une galerie de portraits qui, à l'heure où nous célébrons le 50e anniversaire des accords d'Évian, interroge sur nos agissements pendant la guerre d'Algérie.

 

 

Aller plus loin

Plus que quelques jours pour découvrir le travail complet de Marc

Garanger à la Galerie Binôme, 19, rue Charlemagne, 75004 Paris.

Jusqu'au 7 avril.

 

www.galeriebinome.com.

 

 

1. Hameau d'Afrique du Nord.

 

Publié le 29 Mars 2012
Auteur : Rafaële Garnot | Photo : Marc Garanger
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