Enquete Publié le 29 Mars 2012 par Leila Minano et Julia Pascual

Droit de cuissage à la mairie

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« Troussage de domestique » dans les toilettes de l'hôtel de ville, pelotage de collaboratrices dans l'ascenseur, baisers forcés dans les couloirs, selon les chiffres de l'AVFT, les élus sont dans le top 4 des auteurs de violences faites aux femmes au travail. Et que dire du maire-roi-en-son-fief qui couvre les agissements de son employé ? Rien. Dans les mairies comme dans les partis, l'omerta règne quand on mêle violences sexistes et politiques. Causette est entrée dans les bureaux feutrés des collectivités pour chercher les victimes, leurs agresseurs « cocardés ». Du Creusot à Maubeuge, en passant par l'Assemblée, Causette les a trouvés.


 

Un soir d'été, à la mairie de Neuilly-sur-Marne (93). Avant de partir, Martine, la gardienne, vérifie que les portes et les volets sont bien fermés. En sept ans de ronde, l'employée de 42 ans n'est plus surprise de croiser le maire dans les couloirs du bâtiment. Ce soir, c'est différent. Dans l'escalier, Jacques Mahéas lui « pince le mollet ». « C'est bizarre », mais la gardienne ne s'« inquiète pas, il n'a peut-être pas fait exprès ». Bientôt, l'élu ne se contentera plus d'un geste déplacé... La bise matinale dérape en baiser forcé sur la bouche. Maintenant, le maire guette le passage de la gardienne. Dissimulé derrière une porte, il la surprend. « Il m'attrapait, raconte, haletante, Martine. Il me caressait les seins, les fesses, et moi, j'étais tétanisée. Je me disais que si je réagissais violemment, je perdrais mon logement de fonction et mes trois enfants seraient à la rue. » Alors, Martine subit. Et subit encore sa « séance de pelotage, vingt fois, peut-être trente ». Elle se demande « pourquoi ? » Quels gestes a-t-elle faits pour « lui faire croire [qu'elle] était intéressée » ? Pour le décourager, elle porte des vêtements informes. Malgré son asthme, la gardienne se met à fumer, « car il ne supporte pas le tabac ». Sa ronde devient un cauchemar, Martine sursaute au moindre bruit, prend des antidépresseurs. À aucun moment elle n'aura le courage de parler. C'est une autre qui le fera : « Le maire s'est jeté sur Samia, la secrétaire de mairie, relate Martine. Il l'a embrassée et lui a touché la poitrine, mais elle l'a repoussé et a fait un scandale. » C'est le déclic, la fonctionnaire se confie. Les deux employées se rendent ensemble au commissariat pour porter plainte : le début d'une longue procédure qui aboutira, en 2009, à la condamnation de Jacques Mahéas, sénateur et maire socialiste, pour agression sexuelle contre Martine. En raison de « la personnalité du prévenu » qui est « d'un certain niveau intellectuel [et] d'une aisance sociale certaine », les juges prononceront une peine de 10 000 euros d'amende. C'est donc en raison de son profil, établi par un expert du tribunal, que les juges renoncent au sursis.

Deux ans et demi après cette décision, l'agresseur est toujours maire. Martine, elle, a été poussée à prendre une retraite anticipée, a perdu son logement, changé de ville et touche 930 euros par mois. Justice est faite !

 

 

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Publié le 29 Mars 2012
Auteur : Leila Minano et Julia Pascual | Photo : Franck Juéry pour Causette
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