Grand Reportage Publié le 24 Janvier 2012 par Julia PASCUAL et Benjamin SEZE

Mariés (de force) sur l’autel du Parti Cambodge

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Pendant les quatre années que dura le sanglant régime des Khmers rouges, des centaines de milliers de Cambodgiens et de Cambodgiennes furent unis de force. Ces noces lugubres étaient l’un des fondements du régime de Pol Pot, qui visait à réorganiser la société entière et à contrôler l’individu jusque dans les sphères les plus intimes. Grâce à l’acharnement d’ONG et aux victimes qui ont osé briser le silence, les mariages forcés ont aujourd’hui une chance d’être reconnus comme des crimes. Et d’être jugés ? Reportage.

 

 

Un instant de silence. Bang Lâm laisse échapper quelques larmes qu’elle essuie aussitôt d’un revers de manche. Pudique. Assise en tailleur sur une chaise en plastique, au-dessous de sa maison sur pilotis, elle a tourné son visage vers le sol de terre battue. L’instant d’après, on croise son regard, elle sourit. L’émotion à nouveau enfouie au plus profond d’elle-même, cette Cambodgienne de 53 ans reprend le fil de son récit.

 

Où en était-elle? À ce jour de 1978, lorsqu’un groupe de Khmers rouges est venu la chercher dans son village du sud du Cambodge pour l’arracher à sa famille. Elle n’avait pas 20 ans. «J’ai dit à mon père que je ne voulais pas suivre les soldats, mais il m’a répondu que je n’avais pas le choix, sinon, on nous éloignerait et on nous enverrait dans un centre de rééducation.» Lâm a suivi les Khmers rouges et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, s’est retrouvée mariée à Meas Eng, un « garçon du peuple », comme elle. Elle ne le connaissait pas. Autour d’eux, ce jour-là, des rizières à perte de vue et une centaine de « couples » alignés venus subir le même sort. Drôles de noces où, à la tombée du jour, dans un réfectoire ou au bord d’un champ, on marie des inconnus entre eux à la chaîne, sans consentements, sans témoins ni parents, sans musique ni rite, avec pour seule religion celle du parti.

 

Chuop Mom avait 19 ans lorsque les Khmers rouges l’ont unie à Sokom. «Il m’a choisie parmi un groupe de femmes», croit se souvenir Mom. C’était en 1977, une vingtaine de couples avaient été réunis à la fin de leur journée de travail: «Il y avait des chaises en bois, une rangée d’hommes et une rangée de femmes. Nous étions tous habillés en noir.

 

 

... la suite dans Causette #21...

 

 

Publié le 24 Janvier 2012
Auteur : Julia PASCUAL et Benjamin SEZE | Photo : Lung Liu/ melonrouge.asia pour Causette
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