Publié le 24 Janvier 2012 par Anne-Laure PINEAU

Défense d’apprendre à lire aux Femmes

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En 1801, la France se remet – non sans céphalées – d’une Révolution sanglante. Les esprits se sont échauffés, mais certains semblent avoir perdu la boule. Peu avant la création du Code Napoléon, Sylvain Maréchal, « honnête homme » et obscur écrivaillon jusqu’alors, propose une loi qui déchaîne les passions : l’interdiction, pure et simple, d’apprendre à lire aux femmes.

 

 

Femme qui lit est dangereuse

 

Voilà un homme étrange que Sylvain Maréchal. Né en 1750, ce fils de commerçants autodidacte admire Voltaire, Rous- seau et Diderot. Devenu journaliste et écrivain, son esprit anticlérical et pamphlétaire tombe à point nommé avec les troubles qui voient naître la République française. Il fait alors partie des intellectuels égalitaristes et athéistes les plus virulents. Maréchal est un humaniste, pour sûr.

 

Mais quand il s’agit des femmes, les plus grands esprits peuvent perdre de leur lustre. Jean-Jacques Rousseau lui- même, dans Émile, n’avait pas peur d’affirmer qu’elles étaient, par leur nature animale, inférieures. Il faut dire que la «querelle des sexes» donnait du sel aux conversations depuis bien longtemps, opposant conservateurs et progres- sistes. Notre ami Maréchal a une opinion bien réactionnaire pour ce qui est des attributions féminines: qu’elles restent bien gentiment assises, soumises, silencieuses, toutes à leur tâche de mère ou de future épouse! « À l’homme, l’épée et la plume / À la femme, l’aiguille et le fuseau», écrit-il. Sans doute son sang se met-il à bouillir de voir les femmes de son siècle tenir salon, écrire des romans, voire l’ouvrir grand comme Olympe de Gouges, sainte patronne des féministes à qui l’on coupa le chef, mais pas les idées. Sylvain identifie vite la source du mal : la lecture et l’érudition. Voilà ce qui rend une femme fière, imbue d’elle-même et impossible à tenir les rênes serrées ! Il rédige donc un projet de loi visant à interdire l’enseignement lettré aux femmes. Voici un florilège de ses arguments les plus croquignolets.

 

 

... la suite dans Causette #21...

 

 

Publié le 24 Janvier 2012
Auteur : Anne-Laure PINEAU | Photo : Gravure : Anaïs TOUDOUZE (1822-1899) ©COLLECTION IM/KHARBINE TAPABOR
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