La terrasse Publié le 03 Janvier 2012 par Nathalie GATHIE

La politique du pilori

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Signaler les mauvais payeurs à l’entrée du réfectoire d’une école devant la recrudescence de factures de cantine impayées : la méthode venue des pays anglo-saxons et qui consiste à dénoncer pour humilier sévit pas mal ces derniers temps. Et trouve sa justification dans le combat contre le supposé ennemi public, qu’il soit rom, prédateur sexuel ou fraudeur. Une inquisition cautionnée et encouragée jusqu’au sommet de l’État. Démonstration par l’exemple.

Rouge comme la honte. Vous en avez probablement entendu parler : le mois dernier, le maire de Ruffec, riante commune charentaise, a cru bon de jeter l’opprobre sur les parents qui n’honoraient pas les factures de cantine de leurs goulus lardons. À l’entrée du réfectoire d’une école en proie aux mauvais payeurs, l’édile inspiré a installé un logiciel qui assortissait les noms des gamins « en dette » à des oursons rouges. Les rejetons « à jour » étaient, eux, associés à une peluche verte. Face au tollé, le maire de gauche a rétropédalé fissa. Loin de lui l’intention de stigmatiser les mômes de peu. Ouf, on a craint le pire ! Poisseuse aussi l’initiative des honorables résidents de Ferney-Voltaire, dans l’Ain : en novembre, une zélée milice a édité un tract mentionnant le nom et l’adresse d’une habitante coupable, forcément coupable, d’héberger son fils soupçonné, mais non condamné, d’actes pédophiles. « Protégeons nos enfants de ce prédateur. […] Faisons-le partir ! » blablataient les auteurs de cette prose parfumée à l’eau de Vichy. Cet été, à Lille, la mère d’une jeune femme tuée par son compagnon a « informé », à grand renfort d’affichettes, les riverains de son quartier de la libération imminente du meurtrier de sa fille. Et de justifier sa démarche par « la volonté de mettre le voisinage en alerte ». Qu’importe si ces méthodes rappellent la médiévale politique du pilori, qu’importe si elles dessinent les contours d’une France rance à force d’entre-soi et de vigilance censément citoyenne, voici venu le temps du soupçon, l’ère des boucs émissaires. Et puis, objecteront les pragmatiques traqueurs de déviants, fraudeurs et autres mal-pensants, il y a belle lurette qu’Angleterre et États-Unis appliquent la chose, cela s’appelle le « name and shame », littéralement le « nommer pour faire honte ».

 

 

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Publié le 03 Janvier 2012
Auteur : Nathalie GATHIE | Photo : Morpheen
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