Publié le 03 Janvier 2012 par Anne-Laure Pineau

Marion brigande et justicière

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La Bretagne est une terre nourrie d’histoires et de légendes, de farfadets et de chevaliers. Mais connaissez-vous Marion du Faouët, dite la Catin rousse ? À la veille de la Révolution, aidée de sa bande, la belle justicière fauchait les bourses des nantis en faveur des démunis. Oyez, bonnes gens, l’histoire d’une petite mendiante devenue la femme la plus puissante de la Cornouaille.

Première danse - de la gadoue à la gloire

C’est bien connu, la misère est un terreau pour les héros. Ainsi, l’Angleterre populaire a fait d’un simple chenapan, Robin des bois, le prince des voleurs. Dans la légende, il fricotait avec la belle Marianne (ou Marion), guerrière intrépide. Celle-ci légua sans doute un peu de sa flamme à une autre rebelle de la même trempe, une autre Marion, la « Catin rousse ». Quand elle naquit au Faouët, en Cornouaille française en 1717, Marie-Louise (Marion) Trémel faisait partie de cette population qui n’avait rien. Elle vivait de rapines et de menus travaux. Très vite, son joli minois lui permit de se faufiler, tel Arsène Lupin, dans les foules de marchands comme au sein des opulents manoirs. Elle chipait les sous, les bourses et les coeurs : le bel Henry tomba en pâmoison devant elle. Son preux chevalier, qui la suivit jusqu’à la mort, fut le premier de sa bande. Car, gîtant dans des granges, des auberges ou dans les champs, la troupe s’agrandira avec les années : un grand blond, un bossu, un bègue, un borgne hirsute la rejoignirent. Tous s’attribuaient des sobriquets de pirates tels que « le Renard », « la Gargouille », « le Corbeau ». Ces malfrats formaient un cirque hétéroclite qui surgissait des fourrés pour détrousser voyageurs, riches paysans et marchands. La belle faisait obéir ses hommes au doigt et à l’oeil, et menait grand train, car la troupe avait amassé une fortune. On parle encore du trésor de Marion. La satanée coquette offrait des coups à boire par-ci par-là, multipliait les amants, n’allait pas à l’église, frappait, crachait, menaçait. Pourquoi devint-elle une héroïne dans le coeur des gens ? Parce qu’elle avait pris son pouvoir de force. Dans un royaume au bord de la révolte générale, une fille de pauvre extraction avait réussi à renverser l’ordre des choses, sans jamais faire couler le sang. De plus, elle avait l’habitude de faire du porte-àporte et de reverser aux démunis ce qu’elle extorquait aux plus riches. Mieux encore, dans les campagnes du Faouët, elle était crainte et respectée, car, bien que voleuse, elle s’était faite justicière. Elle n’hésitait pas, par exemple, à corriger régulièrement le tailleur du coin, un violeur notoire, en lui fouettant les fesses à grands coups d’orties. Les petites paysannes pouvaient donc sortir sans crainte au lavoir, au marché, puisque Marion veillait sur elles. Gare à qui enfreindrait les règles de cette figure rebelle dont la rousse chevelure était aux couleurs de l’identité celte.

Publié le 03 Janvier 2012
Auteur : Anne-Laure Pineau | Photo : Jeune fille près du Faouët, Morbihan, vers 1910. Robert Demach y/Musée Nichéphore Nièpce/adoc-photos
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