La cabine d'effeuillage Publié le 30 Novembre 2011 par Alice GERAUD, avec Johanna LUYSSEN

Serge Portelli Juger n'est pas jouer

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En 2007, Nicolas Sarkozy s’était moqué des juges en les traitant de « petits pois », manière de signifier qu’ils se ressemblaient tous. Serge Portelli, vice-président au tribunal de grande instance de Paris, ne ressemble pourtant qu’à lui-même. Entre combats et désillusions, coups de gueule humanistes et exercice discret de son métier, portrait d’un mystérieux « petit pois ».

Debout dans le box des accusés, un jeune garçon répète « merci, m’sieur. Merci ». Soufiane A., 19 ans, auteur présumé de violences avec arme à feu contre une citoyenne et un agent de police, est libre. Enfin, jusqu’à son procès. C’est la fin de huit mois de détention provisoire. Le président de la 12e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris l’interrompt de sa voix grave, tente d’attraper son regard. « Vous pouvez effectivement dire merci, car cette décision n’allait pas de soi. » Avant de la prendre, le magistrat a écouté le jeune homme, longuement. Son histoire familiale, ses projets. Car, loin de traiter à la va-vite l’un de ces faits divers qui nourrissent les discours sécuritaires, Serge Portelli, 59 ans, figure du Syndicat de la magistrature, a voulu « accoucher » le jeune homme. En se fichant de passer pour « laxiste », un qualificatif devenu le gros mot préféré du gouvernement à l’encontre des magistrats. Car l’histoire de Soufiane, finalement, est politique. C’est l’une de ces histoires qui font éclore sans cesse de nouvelles lois, renforçant un arsenal législatif que Serge Portelli qualifie de « dangereux ». Invité de Ce soir (ou jamais !), le 22 novembre, à propos du meurtre d’Agnès, la collégienne de Chambon-sur-Lignon, il s’inquiète : « C’est toujours le même scénario, après un crime atroce. Le lendemain, un ministre dit au 20 heures qu’il y a eu des dysfonctionnements et, le surlendemain, vous avez une loi. » Il s’indigne aussi de la volonté de supprimer le juge d’instruction, l’extension « sans fin » du fichage, les menaces contre l’ordonnance de 1945 protégeant les mineurs, l’instrumentalisation de la peur des récidivistes et des délinquants sexuels : selon lui, autant de signaux d’un État qui se replie sur ses peurs.

 

 

 

... la suite dans Causette #19 ...

Publié le 30 Novembre 2011
Auteur : Alice GERAUD, avec Johanna LUYSSEN | Photo : William BEAUCARDET pour Causette
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