Politique Publié le 30 Novembre 2011 par Anne DHOQUOIS

La hiérarchie de la misère

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Priorité aux personnes réinsérables, c’est la politique du gouvernement. Les centres d’hébergement d’urgence (CHU) visent le relogement durable en misant sur l’accompagnement social. C’est bien, mais, pour financer cet effort, on laisse définitivement tomber les plus miséreux parmi les miséreux. Les places qui leur sont consacrées se raréfient, créant des situations inédites en France. Illustration, à Paris et à Toulouse, de ces deux volets inextricablement liés de l’accueil des sans-abri…

Le CHU Crimée, une pause pour les mères.

L’évolution du CHU, c’est Monique qui en parle le mieux. Pilier du centre Crimée, à Paris, cela fait trente-deux ans qu’elle accueille les usagers : « Avant, l’urgence, c’était pour un jour, puis on est passé à deux jours, une semaine, un mois, puis deux mois… jusqu’à aujourd’hui. D’une certaine manière, je me sentais plus utile avant, car on avait affaire à des femmes au parcours beaucoup plus chaotique. » Aujourd’hui, la durée moyenne du séjour est en effet de dix-neuf mois jusqu’au relogement. Le CHU a recentré son projet autour de l’accueil et de l’accompagnement social renforcé des mères qui envisagent d’accéder à un logement durable. Au total, 37 adultes et 53 enfants (la majorité a moins de 3 ans) y séjournent. Autre évolution notable : la plupart des femmes hébergées à Crimée travaillent ou sont en formation dans les six mois qui suivent leur arrivée au centre. C’est le cas de Catherine, 33 ans, qui est en passe d’obtenir un diplôme de secrétaire. Elle et sa fille de 2 ans, Noémie, sont hébergées au politique CHU depuis le 11 octobre 2009. À Crimée, « chaque dossier est étudié, la chambre vacante étant prioritairement attribuée en fonction de l’urgence : risque d’expulsion, contexte de violences, âge des enfants, santé précaire… », précise Marie Ceysson, directrice adjointe du centre. Catherine, elle, n’a pas lâché et a fini par avoir gain de cause: une chambre de 9 m2 avec salle de bains privée, qui lui coûte chaque mois 20 % de ses ressources, somme qu’elle paye grâce au RSA. Elle confie : « Vu ce que j’ai traversé, je ne me plains pas. Ici, je me suis posée, je peux faire des projets ; je me sens chez moi. »

 

 

 

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Publié le 30 Novembre 2011
Auteur : Anne DHOQUOIS | Photo : Gaëla BLANDY
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