La copine de Causette Publié le 30 Novembre 2011 par Liliane ROUDIERE

Claire Bretécher 50 ans de BD et toujours dans sa bulle

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Il faut s’accrocher pour l’approcher ! Retranchée dans son nid perché sur la butte Montmartre, la dessinatrice est du genre farouche et peu diserte. Tel un aigle sans pitié pour ses proies, c’est là qu’elle croque d’un trait noir et continu ses semblables. Avec un don d’observation acéré que le sémiologue Roland Barthes avait salué en la désignant « meilleure sociologue de France » pour sa BD Les Frustrés. Ce à quoi elle avait répondu : « C’est n’importe quoi ! »

Dès 6 ans, la petite Nantaise dessinait en cachette La Semaine de Suzette ou Bécassine et, à 10 ans, inventait des bandes dessinées. À l’étroit dans une famille de la petite bourgeoisie catholique, elle a deux rêves : devenir dessinatrice et ne jamais dépendre d’un homme financièrement. « À 12 ans, je m’étais fait ce serment. » Et ajoute, malicieuse : « J’ai été beaucoup aidée par le fait qu’aucun homme riche ne m’ait demandée en mariage – une chance, pour respecter ses convictions ! » Depuis cinquante ans déjà, ses convictions, Claire Bretécher tâche de les respecter. L’indépendance avant tout. Cela se traduit très tôt par l’autoédition, ce qui lui permet de se tenir non pas en dehors du monde – car elle l’absorbe, bien malgré elle –, mais juste à côté. Elle n’est pas mondaine, ne sait pas « faire le singe », explique l’une de ses amies. Elle déteste la langue de bois et puis... faut pas la chatouiller. Aller chez elle, c’est comme aller vers elle : c’est plein de détours et d’étonnements. Elle vit depuis une trentaine d’années dans une petite rue de Montmartre, tout en haut d’un parking d’où l’on surplombe Paris. Une sorte de propriété à la campagne. Une immense terrasse, un bassin, des arbres fruitiers, de grandes baies vitrées donnant sur un appartement aux vastes pièces pleines de tableaux et, tapi sous une vigne vierge rougissante, l’atelier de Claire. Elle nous ouvre grand les portes de son refuge, mais les tient « grand fermées » quand il s’agit de répondre aux questions qui touchent à sa vie personnelle. Pas tout à fait misanthrope, elle s’inquiète déjà pour nous : « Vous allez avoir du mal à faire sept pages sur moi, je n’ai rien d’intéressant à dire ! » Chaleureuse, attentionnée, elle sera toujours attentive à nos questions, mais n’hésitera pas un instant à nous les renvoyer d’un revers parfaitement maîtrisé si on s’approche trop près. Dans ta face, la question. Mais comme elle reprend aussitôt son sourire, bien à l’aise dans son fauteuil, on remonte au filet, plein d’espoir, et on envoie la question suivante. Le match durera trois heures.

 

 

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Publié le 30 Novembre 2011
Auteur : Liliane ROUDIERE | Photo : Christophe MEIREIS
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