Reportages Publié le 20 Novembre 2011 par Sarah MASSON

Lycées autogérés La dernière utopie gauchiste de l’Éducation nationale ?

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En 1982 naissaient en France les lycées dits « autogérés », des établissements alternatifs visant davantage l’épanouissement des enfants que la performance. Alors que les quatre restants s’apprêtent à fêter leurs 30 ans, que reste-t-il de cette aventure pédagogique ? Est-ce une utopie ou un vrai maillon de la chaîne éducative pour repêcher les élèves en déroute ? Reportage à Paris et à Saint-Nazaire.

Un mardi, nous voilà sagement assis dans un amphithéâtre sombre et bruyant. C’est l’heure de l’AG du Lycée autogéré de Paris (LAP). Pour Causette, c’est même le grand oral. Le LAP, le plus grand des lycées alternatifs français, a pourtant l’habitude de recevoir des journalistes. Mais avant, ils sont soumis à un examen. Après un passage par la « commission accueil », nous expliquons donc notre projet de reportage en AG, que les membres du LAP approuvent par vote en « groupes de base ». Et ce n’était pas gagné d’avance : les élèves sont un peu méfiants. « En général, les médias ne parlent pas vraiment du fonctionnement du LAP, ils oublient la réalité globale du lycée », se plaint Noam, queue de cheval et lunettes rondes. Thomas, lui, aimerait que pour une fois on ne parle pas de son lycée comme celui des « causes perdues », où l’on ne fiche rien. Ça discute, ça discute ! Au LAP, il en va ainsi depuis trente ans, tout commence par de longs débats. Quitte à frôler la caricature. « L’observateur extérieur peut se plaire à imaginer que l’on décide par vote de la valeur du nombre pi ou de l’appartenance des grenouilles à la famille des bovidés », ironisait le texte écrit à l’occasion des 20 ans du LAP, en 2002. « On a recréé une minisociété, avec son propre gouvernement », préfère expliquer Louise, élève au Lycée expérimental de Saint-Nazaire. Argumenter, délibérer, décider, autant de parties intégrantes de la formation. Pour chaque décision une discussion est organisée, entérinée par vote dans les groupes de base au LAP, et par consensus à Saint-Nazaire. Dans ces établissements, qui dispensent un enseignement secondaire de la seconde à la terminale et préparent aux filières du baccalauréat général (L, ES et S), pas de proviseur, de conseiller d’éducation, de personnel administratif, ni de surveillant. Pas de système de notation et encore moins d’heures de colle. On ne va pas en cours – où la présence n’est pas obligatoire ! –, mais en « atelier » ou en « activité ». La clé du projet pédagogique ? « Décloisonner les savoirs », pas de cours de français ou de maths à proprement parler, mais un thème qui recoupe plusieurs disciplines. À Saint-Nazaire, les allergiques aux maths peuvent ainsi se passionner pour l’atelier arts et sciences et faire un pont entre les deux disciplines : à travers un travail sur Calder, ils interrogent le nombre d’or, l’infini ou la « ligne claire » d’Hergé.

 

 

...la suite dans Causette #18...

Publié le 20 Novembre 2011
Auteur : Sarah MASSON | Photo : Antoine DOYEN pour Causette
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