Grande Enquête Publié le 20 Novembre 2011 par Leila MINANO et Julia PASCUAL

Viols au Rwanda De nouvelles victimes accusent les soldats français

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Tout commence à l’automne 2009 : trois Rwandaises déposent une plainte contre X pour crimes contre l’humanité. Ce X, dans leurs récits, ce sont des soldats français de l’opération Turquoise, en poste dans leur pays pendant le génocide de 1994. Elles disent avoir été violées et violentées. Les patrons de l’opération, eux, y voient un coup monté. Causette est partie sur les traces des soldats de Turquoise.De Paris à Kigali, Causette a cherché, et Causette a trouvé de nouveaux témoins... qui accusent.

Nous sommes au sommet d’une colline dans le pays qui en a mille. Le jour est tombé brutalement dans ce village haut perché, où l’électricité n’est jamais arrivée. Il y a cette bougie collée sur la table instable d’un cabaret désert et qui éclaire doucement le visage d’Irène 1. Paysanne timide, la Rwandaise de 54 ans n’a raconté cette histoire qu’une seule fois. Pour l’entendre, il aura fallu retrouver sa trace, l’emmener là où personne ne la connaît. Enfin, elle se tient là, son corps frêle entouré de ses bras serrés, ses grands yeux noirs baissés. Dans un filet de voix : « C’était l’été du génocide, un voisin avait dit aux militaires français du camp de Karama – à quelques kilomètres – que nous cachions des armes. » Trois soldats entrent brutalement chez elle. Ses enfants partent en courant, son mari est absent. « Ils avaient un appareil qui émettait de la lumière, souffle-t-elle. Leur machine a sonné quand ils l’ont approchée du coffre sous mon lit. C’est là que notre argent était caché. Ils ont voulu le prendre, je me suis interposée. » Le souffle s’accélère, la voix s’étrangle, les larmes coulent. « Un des trois militaires m’a brisé l’auriculaire, m’a jetée sur le lit et m’a violée, raconte Irène avec la voix d’une enfant. Quand le premier a eu fini, l’autre m’a violée aussi. Le troisième assistait, il ne semblait pas intéressé, alors que je criais. » Le cauchemar dure « moins d’une heure ». Mais, depuis dix-sept ans, il ne se passe pas un jour sans qu’Irène ne revive ce moment. « C’est trop, ce qu’ils m’ont fait, gémit la Rwandaise qui écrase chaque larme avec son foulard. À chaque fois que je vois un Blanc, j’y repense, et ça fait mal. Des fois, je me réveille la nuit, mon coeur bat très fort et je me fâche, mais je ne sais pas contre qui. »

Irène dit-elle la vérité ? Tout commence là.

 

 

... la suite dans Causette #18...

Publié le 20 Novembre 2011
Auteur : Leila MINANO et Julia PASCUAL | Photo : Bryan ANSELM / global-getty images pour Causette
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