Publié le 20 Novembre 2011 par Anne-Laure Pineau

La sainte était lesbienne Toscane, XVIIè siecle

blog post image

En donnant le bon Dieu sans confession à un membre lubrique, l’Église s’est fourvoyée dans d’impénétrables draps sales. Mais comment se fait-ce ? L’histoire prend place au xviie siècle. Soeur Benedetta passe alors pour l’élue de Dieu, et elle réussit, forte de ce statut, à imposer en toute légitimité des sévices sexuels au sein de sa congrégation. Eh oui, la sainte est vicieuse et bien maline ! L’anecdote est d’autant plus incroyable que, dans l’Italie de l’époque, le lesbianisme — appelé « sodomie féminine » — est un vice qui mène au pilori. Qu’il prenne place dans le silence du couvent était, avant Benedetta, impensable. C’est une histoire inouïe que l’historienne américaine Judith C. Brown a débusquée dans des archives ecclésiastiques poussiéreuses.

É p i s o d e 1 - miracles et bondieuseries

 

Dans la Toscane rurale du xviie siècle, la religion est partout, et le paganisme encore dans les esprits. C’est dans ce contexte religieux particulier que naît Benedetta. Son père la voue dès son premier cri à la Vierge Marie, en la nommant « Bénie ». Il s’approprie la petite et lui donne une éducation de garçon : elle sait lire et écrire à 6 ans. Sa mère lui raconte, elle, des histoires surnaturelles, pleines de miracles et de guérisons mystérieuses. Résultat ? Quand la petite croise un chien méchant, c’est une tentative diabolique ; quand un rossignol lui chante à l’oreille, c’est le bon Dieu qui accompagne ses laudes. À 9 ans, elle entre au couvent des Théatines de Pescia. Ce sera son plus grand terrain de jeux.

Dès son arrivée, comme le veut la tradition, elle se prosterne devant la statue de la Vierge pour lui confier son avenir. Et là, miracle ! La silhouette de marbre se penche pour l’embrasser (en vrai, elle tombe et se brise). C’est le début d’un chapelet de visions mystiques : une horde de jeunes gens la poursuit pour la pervertir, Jésus lui arrache le coeur pour lui donner le sien, etc. Ses délires sont accompagnés de transes ou de prophéties avec force jeux de voix et cris déchirants, telle une possédée.

 

 

...la suite dans Causette #18...

Publié le 20 Novembre 2011
Auteur : Anne-Laure Pineau | Photo : Tal / Rue des Archives
3568 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette