La copine de Causette Publié le 20 Novembre 2011 par Liliane ROUDIERE et Gregory LASSUS DEBAT

Gauloises de tous pays

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Sélectionnez dix femmes françaises, dijonnaises, issues de l'immigration.

Regroupez-les et trempez-les dans le récit de leur vie, laissez mijoter plusieurs mois - la mémoire est parfois coriace -, retirez du feu et faites-les monter sur scène :filmez-les et dégustez ce délicieux film, Nos ancêtres les Gauloises, de Christian Zerbib.

En voulant « donner à ces femmes de l'immigration une visibilitéqu'elles n'ont jamais », il réussit son pari en beauté, et en fraternité.Peu à peu s'effacent les frontières et les origines, ne demeurent que des femmes courage,des héroïnes du quotidien, des mères, qui se ressemblent toutes par leur opiniâtretéet leur capacité de bonheur, malgré des destinées douloureuses. 

Comment parler du déracinement, du sentimentinconsolable qu'il induit, celui de se sentir « déplacé »géographiquement et culturellement ? De la difficultéà changer tous ses repères pour épouser ceux du nouveauterritoire, la France en l'occurrence, et ne plus jamais retrouverà l'identique les contours de l'ancien ? Comment rappeler auspectateur que chaque exil recèle des blessures profondes ?Christian Zerbib fait un premier choix. Celui de ne montrerque des femmes : « Ce sont elles le fondement du foyer. Ellesprennent tout en main, l'organisation domestique, l'éducationdes enfants. Ce sont elles qui se battent pour leur donnerla meilleure vie possible, elles ne veulent pas qu'ils se sententdéracinés, elles veulent fabriquer des petits Français. Or,ces femmes-là, ce sont les plus discrètes, on ne les voitjamais dans les médias. » On sent chez le réalisateur le vécuet l'admiration.

 

Ça, c'est une chose, mais comment donner à voir cettepugnacité ? Comment parler d'identité et d'intégration sansêtre emphatique, pontifiant, ennuyeux ou moraliste ?Deuxième bonne idée, utiliser l'artifice du théâtre : il va écrirela vie de ses Gauloises sous forme de pièce de théâtre,et tout filmer. On sort alors doucement du documentaire pourentrer dans un film de fiction, on ne fait plus la différence.Le spectateur suit l'histoire chronologiquement. De la premièrerencontre entre ces dix femmes (un voyage en busau creux de l'hiver au musée de Bibracte 1) jusqu'à la grandereprésentation devant six cents personnes au théâtremunicipal de Dijon, en passant par les premières confessionssur la scène du théâtre vide, l'écriture de la pièce, lesrépétitions. « J'ai pensé que le théâtre permettrait de porterplus haut la voix de ces femmes, au propre et au figuré »,explique le réalisateur. Il ne s'attendait cependant pasà une telle charge émotionnelle.C'est grâce à l'exceptionnel maillage associatif dijonnaisauquel il a fait appel (centres de formations oud'alphabétisation 2) que Christian Zerbib a pu auditionnerune soixantaine de femmes. Ses critères de sélection ? Ellesdevaient venir d'univers et de pays différents et être mèresde petits Français. « Je voulais que ce soit le plus hétéroclitepossible et sortir du cliché "immigration égale pays du Maghreb ou d’Afrique”. » À ce titre, on peut dire que le casting est réussi… voire flamboyant.

 

 

... la suite dans Causette #18...

Publié le 20 Novembre 2011
Auteur : Liliane ROUDIERE et Gregory LASSUS DEBAT | Photo : Franck JUERY pour Causette
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