Publié le 05 Octobre 2011 par Johanna LUYSSEN

Maudite Hermaphrodite Herculine Barbin alias Camille alias Abel

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un jour glacial de février 1868, dans la solitude d’une misérable mansarde du Quartier latin, un homme se donne la mort au gaz d’éclairage. Abel Barbin avait à peine 30 ans. Le docteur Regnier, sonné par le concierge, inspecte la petite chambre de bonne de la rue de l’École-de-Médecine et examine le mort. Le corps présente des anomalies. Abel Barbin possède à la fois un tout petit vagin et un tout petit pénis. À ses côtés traîne une lettre adressée à sa mère, dans laquelle il lui demande pardon. Mais pardon de quoi ? Le docteur Regnier retrouve aussi un cahier au pied du lit. Ce sont les mémoires d’Abel, rédigées cinq ans auparavant, en 1863. Ce qu’il y lit est terrible !

Ces pages que le docteur Regnier parcourt attentivement, c’est l’autobiographie d’un homme-femme. Imaginez un témoignage comme il en existe aujourd’hui des centaines en librairie, sauf que l’auteur est un hermaphrodite qui a vécu dans la France pudibonde du xixe siècle. « J’ai 25 ans, raconte Abel en préambule, et, quoique jeune encore, j’approche, à n’en pas douter, du terme fatal de mon existence. J’ai beaucoup souffert, et j’ai souffert seul ! seul ! abandonné de tous ! » Le récit se déroule, tragique. Abel est né Camille, dans une petite ville de Charente-Maritime, en 1838. Camille est son nom de baptême, mais le prénom de la narratrice des mémoires, c’est Herculine. C’était un enfant « soucieux et rêveur. [...] J’étais froide, timide et, en quelque sorte, insensible à toutes ces joies bruyantes et ingénues qui font épanouir un visage d’enfant ». Soucieux, rêveur, froide... Oui, Abel est bel et bien homme et femme à la fois. Et le long de son récit, comme pendant toute sa vie, il ne cessera d’osciller entre le masculin et le féminin. Il-elle raconte son enfance ennuyeuse dans cette petite ville de province. Son style est plein d’emphase et de sanglots étouffés. Herculine a une passion pour les triples points d’exclamation, qui viennent ponctuer des séries de lamentations grandiloquentes sur son funeste destin. Ainsi : « Ce fougueux orage n’était que le prélude de ceux qui m’assaillirent depuis !!! »

 

 

... la suite dans Causette #17 ...

Publié le 05 Octobre 2011
Auteur : Johanna LUYSSEN | Photo : BETTMANN / CORBIS
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