Culture Publié le 02 Septembre 2011 par Anne Deguy

Sofi Oksanen L’Estonie postgoulag au scalpel

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C’est une claque, stylistique et narrative, que l’on prend à la lecture de Purge, de Sofi Oksanen. Une claque qui a bien mérité sa flopée de prix européens dont le Femina étranger en 2010. Il dévoila alors au public français un ouvrage cinglant, signé d’une écrivaine trentenaire mi-finlandaise, mi-estonienne. Double filiation qui lui permet de raconter, dans une trilogie, des pans glaçants – y en avait-il qui ne l’étaient pas ? – du bloc de l’Est. Car Sofi Oksanen, tout comme le Sibérien Nicolaï Lilin ou la Laponne Rosa Liksom, appartient à cette génération que l’on peut appeler « postgoulag », où les petits-enfants des déportés prennent enfin la plume. « En Estonie, il y a ceux qui furent déportés en Sibérie, ceux qui émigrèrent et ceux qui durent rester, raconte l’écrivaine. Purge raconte ceux qui restèrent, Les Vaches de Staline ceux qui partirent. Jusqu’à présent, les livres dédiés à ces trois catégories sont des ouvrages de mémoires ou historiques, mais jamais ils n’avaient été traités en fiction.

La trilogie d’Oksanen ne commence pas par ce fameux Purge, mais par Les Vaches de Staline que Stock a eu la curieuse idée de publier en deuxième, donc en cette rentrée 2011. Un désordre malheureux, car si Purge est brûlant, Les Vaches de Staline se révèle bien moins fort. Estonie, Finlande, stalinisme, bouffe, relation mère-fille, sales mecs, tension et trahison, sont certes les points communs de ces deux romans. Mais si Purge dessine au scalpel une histoire du communisme via trois générations de femmes, Les Vaches de Staline ne fait que la découper aux ciseaux, sans trop bien savoir où l’auteur veut nous emmener. On se retrouve dans un va-et-vient entre l’Estonie et la Finlande des années 1940 aux années 1990, à travers l’histoire d’une anorexique, émigrée de la deuxième génération. Donc, un conseil pour celles et ceux qui n’auraient pas encore goûté à du Oksanen : lire Les Vaches de Staline en premier, comme une mise en bouche du très saignant Purge dont le tournage en Finlande est actuellement en préparation. Conversation un peu raide avec une auteure à l’analyse et au regard parfois glaçants.

 

 

 

... la suite dans Causette #16...

Publié le 02 Septembre 2011
Auteur : Anne Deguy | Photo : Mélanie Bahuon pour Causette
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