La foirfouille de l'histoire Publié le 24 Mars 2020 par MANON BOQUEN

Jeanne Dévidal : la « Folle de Saint-Lunaire »

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Cette habitante d’une commune balnéaire bretonne a construit de ses mains une maison hors du commun. Une sorte de château branlant qui fut un temps l’attraction de la région jusqu’à ce qu’elle soit détruite dans l’indifférence générale.

Lors d’un voyage scolaire, pendant son enfance, elle l’avait bien vue, cette demeure improbable. Cette forteresse de bric et de broc, faite de murs en ciment, agrémentée de coquillages, de chaussures, de vieux bois et d’objets aussi inédits que farfelus. À l’époque, elle y avait même rencontré sa créatrice, Jeanne Devidal, qu’on appelait alors communément « la Folle de Saint-Lunaire ».Mais lorsque, devenue adulte, la documentariste Agathe Oléron revient dans le village, plus rien. La bâtisse était-elle le pur fruit de son imagination ? Elle décide alors d’interroger les riverains de ce village breton. « La maison n’était plus là, mais chacun avait sa propre histoire, son témoignage à propos d’elle », s’émerveille la réalisatrice, qui, dès lors, décide d’enquêter pour raconter cette histoire tombée aux oubliettes*. « Mais pourquoidiable cette femme construisait-elle ce châteaubranlant ? » La question a hanté les esprits de Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine), petite station balnéaire à quelques encablures de Saint-Malo, pendant près de quarante ans. 

Une vie mouvementée 

Fille de commerçants, Jeanne Devidal est née à Brest (Finistère) en 1908. Elle a deux frères et deux sœurs. Elle perd son père à l’âge de 5 ans, puis un de ses frères lors de la Première Guerremondiale. Elle obtient le certificat d’études.En 1927, la jeune femme prête serment et devienttout d’abord receveuse des Postes en région parisienne avant d’être agente comptable dans la première centrale téléphonique automatisée de France. Un poste honorable pour une femme à cette époque. Tout bascule le jour où, en 1941, elle est envoyée à Boucé, dans l’Orne, par les PTT, à la demande de sa hiérarchie, pour remplacer la receveuse des Postes. Ce village, où un large réseau de résistants et la Gestapo, très active, s’affrontent, devient son lieu de résidence et celui de sa sœur Léonie. Un choix surprenant ? « D’après Yves Lecouturier, qui a longtemps été directeur du musée de la Poste de Caen, elle a pu être impliquée dans l’interception des courriers de dénonciation »révèle Agathe Oléron. Donc dans la Résistance. Mais ce séjour s’est aussi soldé par un drame : la quasi-totalité des résistants du village, toutes professions confondues, a été fusillée. Jeanne Devidal a, quant à elle, subi des électrochocs du fait de « bouffées délirantes », selon un courrier de l’époque. « Ces années en Normandie l’ont traumatisée »reconnaît la réalisatrice.


La suite dans Causette #110...

Publié le 24 Mars 2020
Auteur : MANON BOQUEN | Photo : © MARY CAILLIER
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