Au boulot ! Publié le 24 Mars 2020 par TIPHAINE THUILLIER

Céline, infirmière en psychiatrie

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Céline, 37 ans, est infirmière depuis dix ans. Après plusieurs années en service de psychiatrie, elle travaille au sein d’un foyer de postcure à Paris. Cette structure publique, à cheval entre l’hospitalisation complète et le monde extérieur, aide les patient·es à retrouver leur rythme.

Les dix-huit patientshommes et femmes, qui séjournent ici sortent tous “d’intra”, selon notre jargon, c’est-à-dire qu’avant d’arriver ici, ils ont été hospitalisés pour des pathologies psychiatriques diverses (schizophrénie, troubles bipolaires...). Nous, on intervient une fois la crise passée et la maladie en voie de stabilisation. C’est toujours l’hôpital même si, vu de l’extérieur, notre immeuble moderne ne ressemble pas à un service hospitalier.

Quand je suis du matin, je commence à 6 h 45, je prends le relais des collègues de nuit. Autour de 7 h 30, avec l’équipe de jour, qui compte entre deux et six personnes selon les moments de la journée, dont des infirmiers et infirmières, des aides médico-psychologiques et des éducateurs et éducatrices, on réveille les patients. Nous, les infirmiers et infirmières, on est neuf le jour et trois la nuit à se relayer, avec des vacations de douze heures pour l’équipe de jour. On n’est pas trop mal loti en termes d’effectif, mais ça n’est pas comme ça partout !

Parfois, le matin, il faut passer trois fois dans la chambre des patients pour leur dire de se lever. Ce matin, une dame avait du mal à émerger. Avec une maladie psychique, sortir du lit, c’est parfois une montagne. Je ne savais pas quoi faire. Une collègue m’a conseillé de rester jusqu’à ce qu’elle ouvre un œil pour la rassurer. J’essaierai la prochaine fois. Il faut fixer un cadre et rappeler les règles d’hygiène de base en permanence. Les patients ne sont pas moins propres que la moyenne, mais leur rapport au corps est altéré. Quand on est fragilisé psychiquement, une simple douche peut être une agression.

Mon quotidien, c’est jongler en avançant sur un fil. Ça a l’air bizarre comme image, mais c’est le propre de la psychiatrie : l’adaptation permanente pour maintenir une forme de stabilité. Tout peut changer brusquement. Notre but, c’est de les aider à retrouver des repères et un projet de vie à l’extérieur. On est le camp de base où dormir, mais la journée, ils sont libres de sortir. Certains travaillent dans un Esat (établissement et service d’aide par le travail) en blanchisserie ou en logistique. D’autresretournent à la fac ou se forment. La durée maximale de séjour chez nous ne dépasse pas dix-huit mois. Les patientsles plus autonomes peuvent espérerconserver leur logement, donc l’assistante sociale du foyer les aide à faire une demande d’allocation adultes handicapés (AAH) pour s’en sortir financièrement. Quand vivre seul leur est impossible, on les oriente vers des appartements thérapeutiques ou vers un autre foyer.

 

La suite dans le Causette #110...

 

 

Publié le 24 Mars 2020
Auteur : TIPHAINE THUILLIER | Photo : Illustration CAMILLE BESSE
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