Enquete Publié le 23 Mars 2020 par ALIZÉE VINCENT

Mères sans abri : c’est l’hôpital qui fait la charité

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Les maternités franciliennes accueillent de plus en plus de femmes et d’enfants à la rue. Une mise à l’abri que les soignant·es et assos gèrent avec les moyens du bord et qui a alimenté encore un peu plus les multiples crises que traverse l’hôpital public.

Des buissons ornent l’allée qui mène à la maternité Delafontaine, à Saint-Denis. Puis, lorsque l’on passe les portes, après 20 heures, la suite du chemin – un couloir du genre aéroportuaire – est bordée d’une espèce de fleur qui résiste mal à l’extérieur : les femmes sans abri et leurs petits. En cette nuit de février, elles sont une vingtaine, avec douze enfants, éparpillées le long des murs. Parmi elles, Dorine, 25 ans, et Hanina, sa crevette en grenouillère violette. À 7 mois, c’est la cadette du hall.

Depuis Noël 2019, le hall de la maternité leur fait office de chambre. Il y a aussi Jackie et Logan. Une autre mamanet son fils d’un an et demi. Les deux femmes, devenues copines, viennent du Cameroun. Alors chaque nuit, elles se serrent les coudes.
Pour surveiller leurs affaires ou partager le repas (ce soir-là, un kebab-frites offert par un patient). Et, plus littéralement, lorsqu’elles dorment serrées, avec leurs bébés, sur les bancs de salles d’attente qu’elles installent face à face, pour faire comme un grand lit. Sous l’escalier de la cafète, plus loin, c’est « le coin des Algériennes ». Elles dorment sur des couvertures à même le sol, avec les enfants. Le plus âgé a 9 ans.

Cet établissement hospitalier de la Seine-Saint-Denis est connu pour être un « refuge » pour femmes et enfants à la rue. De même que Lariboisière, dans le Xe arrondissement de Paris. Mais le constat est en réalité le même dans toutes les maternités parisiennes. Dans l’entrée de celle de Port-Royal (XIVe arrondissement), « sur les chaises métalliques » du hall, comme elle le souligne, séjourne Évelyne. Son gros gilet et son bonnet rayé donnent à cette quinqua aux cheveux courts un air d’alpiniste. Elle dit dormir ici depuis six mois.« Entre SDF, on sait que les hôpitaux sont des lieux chau és et ouverts 24 heures/24. » Depuis un an, une nouvelle règle informelle est apparue parmi eux : « Les urgences, c’est pour les hommes ; les maternités, c’est pour les femmes », explique- t-elle. Flora, 57 ans, l’a appris par hasard. Lorsqu’elle se retrouve dans les rues parisiennes, il y a cinq mois, elle se met à marcher. « Au bout de quelques jours, je ne sentais plus mes jambes. Alors, je suis allée à l’hôpital. » C’est en cherchant dans les couloirs qu’elle voit « les autres dames ». Depuis, elle est des leurs. Elle qui aété violée pendant ses nuits dehors y trouve un espace sûr, sans prédateurs.

“Patientes 115”

Mais le phénomène des femmes sans abri en maternités revêtégalement un autre visage. Celui des « patientes 115 », comme on les appelle dansle jargon hospitalier, en référence au numéro du Samu social, de qui dépend leur espoir de trouver un toit. Celles-ci ont accouché sur place. Enthéorie, quand tout va bien, elles devraient quitter leslieux après deux ou trois jours de post-partum. Mais, faute d’hébergement, les maternités les laissent rester, autant que possible, dans des chambres du service.


La suite dans Causette #109...

Publié le 23 Mars 2020
Auteur : ALIZÉE VINCENT | Photo : Illustration : AURÉLIE WILLIAM LEVAUX pour Causette
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