La copine de Causette Publié le 23 Mars 2020 par AURÉLIA BLANC

Casey : langue rappeuse

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Sa plume est sombre et sa verve, politique. Jamais là où on l’attend, la rappeuse Casey revient avec Ausgang, un nouveau projet de fusion rap-rock, tout en étant à l’af che de Viril, un spectacle féministe où elle partage la scène avec Virginie Despentes et Béatrice Dalle. D’un univers à l’autre, mais toujours avec la même révolte.

Il faudra un peu de temps pour qu’on parvienne à saisir vraiment son regard. Pour qu’elle sorte de sa réserve et serévèle, contre toute attente, plutôtbavarde. On ne se refait pas : Casey a beau grenouiller dans le rap depuis bientôt trente ans, maîtriser la scène et s’être prêtée plus d’une fois au jeu de l’interview, elle reste une grande timide. Une pudique, qui ne ressent pas le besoin d’être « validée » par l’exposition médiatique. « Ma tête en gros sur une a che dans le métro, ça n’a jamais été mon rêve ultime », lâche-t-elle. Pas même quand elle s’est mise à écrire ses premiers textes, à l’âge de 13 ans, après que son cousin lui a fait découvrir le rap français avec Deenastyle, l’émission culte de Lionel D et Dee Nasty,sur Radio Nova. « Une activité pourtromper l’ennui, comme j’aurais pu jeter une balle contre un mur », se souvient Casey, 44 ans, de son vrai nom Cathy Palenne. Fille d’une infirmière, « produit d’une mère exemplaire et d’un père absent » – comme elle l’écrira bien plus tard dans Rêves illimités –, cette adosolitaire ne le sait pas encore, mais ce qui n’est au départ qu’un passe-temps lui ouvrira des horizons insoupçonnés.

« Sans m’en rendre compte, j’ai trouvé ma place dans le rap où j’avais en ma place, et où, pour une fois, j’allais au boutde quelque chose. Moi qui suis timide,ça m’a fait rencontrer des gens, ça m’a fait bouger, lire, penser, m’intéresser à l’écriture... Plein de choses qui ne se sontpas passées avec l’école. Et ça m’a fait prendre conscience que j’avais le droitd’être là, d’exister », retrace-t-elle entre deux gorgées de thé. Premières scènesouvertes, premiers morceaux, première mixtape... Casey, dont le pseudo fait référence à un personnage de la série télé Les Têtes brûlées – « un mecsiphonné avec un prénom unisexe » –,se fait vite remarquer. Au milieu des années 1990, NTM lui propose même une collaboration. Qu’elle refuse, par peur d’y laisser des plumes. Comme elle déclinera la proposition qui lui a été faite, à l’époque, de rejoindre une major. « On te met de la poudre aux yeux : la moquette est épaisse, le Coca est frais, les gens sont gentils. Mais tu sais qu’il y a un moment où tu vas devoir signer un papier qui t’enlèvera le contrôle sur ceque tu fais. Les maisons de disques, cesont des rouleaux compresseurs. Et moi, j’y connais rien. J’ai même pas le bac ! » dit-elle en rigolant. Consciente d’être « une proie facile »elle a préféré tracer sa route – « je n’ai aucun problème à dire non ». Sans regret.

 

La suite dans Causette #110...

Publié le 23 Mars 2020
Auteur : AURÉLIA BLANC | Photo : PALOMA PINEDA pour Causette
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