Dossier Publié le 23 Mars 2020 par SYLVIE FAGNART

Familles recomposées : la charge mentale tous azimuts

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La recomposition des familles n’allège pas la charge mentale des mamans. Au contraire. Gestion des beaux-enfants, des ex, prise en charge des émotions de chacun·e, injonction à la réussite, celles-ci restent en première ligne pour faire tourner les foyers.

C’est l’heure du déj. Dans son bureau de free-lancetout vitré qui jouxte le salon familial, Sabine s’accorde une pause et lance Pronote, le logiciel de liaison entre parents et enseignant·es du collège. Trois interfaces à vérifier, puis un ouf de soulagement. Aucun·e prof n’a indiqué d’absence surprise. Les trois ados de la maison ne devraient pas rentrer avant 17 heures. Après-midi de travail tranquille en perspective.

Entre les coups de fil à ses client·es, elle accomplit les tâches listées dans un coin de sa tête depuis le matin : sortir un rôti du congèle pour le repas du soir, lancer une machine, ouvrir les volets de la chambre de l’aînée qui a encore oublié de le faire. Le quotidien harassant et banal d’une mère de famille ? Sauf que deux des trois ados qui rempliront tout à l’heure sa maisonnée de cris, de fureurs et de rires ne sont pas les siens, mais ceux que son compagnon a eus avec sa première femme. Louise, celle du milieu, est quant à elle le fruit de son union avec son ex-mari. Ah, l’ex-mari ! Elle ajoute à sa longue « to-do list » mentale un mail à lui écrire pour modifier les dates de vacances. Il faudrait qu’elles collent à celles des deux enfants de son compagnon, que leur maman a voulu changer en dernière minute. Il va encore falloir déployer des trésors de diplomatie...


Travail invisible

En mai 2017, un post Facebook remue les consciences. Une illustratrice, Emma, partage sur le réseau social sa BD Fallait demander1 et popularise la notion de chargementale. Une notion déjà mise en mots par la sociologue Monique Haicault, dans un article datant de 1984 et intitulé « La gestion ordinaire de la vie en deux ». La chercheuse y décrivait la façon dont l’esprit des « ménagères » (toute une époque !) ne cesse d’être occupé par les soucis domestiques et logistiques.

Avec ses dessins, Emma détaille à son tour ce travail « épuisant, permanent, invisible » qui incombe aux femmes. Tout anticiper pour que la vie de famille roule. Des cerveaux féminins qui ne s’arrêtent jamais de bouillonner : lessives à anticiper, activités à programmer, rendez-vous médicaux à ne pas oublier... Une pression incessante qui pèse ultra majoritairement sur les femmes en raison des représentations historiques et culturelles de leur rôle dans la société, celui de diriger le foyer, quand les hommes doivent, eux, dans cet imaginaire, subvenir aux besoins de leur famille. Que les femmes travaillent désormais tout autant n’a pas changé grand-chose à l’affaire.

 

La suite dans Causette #110...

Publié le 23 Mars 2020
Auteur : SYLVIE FAGNART | Photo : © HILLERBRAND & MAGSAMEN
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