A l'aise thèse Publié le 23 Mars 2020 par Propos recueillis par LAUREN MALKA

Si le pied m’était conté...

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Chaque mois, un chercheur, une chercheuse, nous raconte sa thèse sans jargonner. Dans le conte de Perrault, Cendrillon passe de l’oppression familiale à une vie maritale grâce à ses petits pieds. De là à lui trouver une parenté avec les Asiatiques aux pieds bandés, il n’y a qu’un (petit) pas opéré par Yu-pei Kang. Spécialisée dans les études de genre, la chercheuse étudie les contes de fées au prisme du pied*.

Causette : Vous affirmez que, dans les contes de fées, on trouve une forte occurrence du pied. Souvent, l’objectif est de plaire aux hommes...

Yu-pei Kang : Je suis partie des différentes versions de Cendrillon, qui, toutes, racontent l’histoire d’un prince retrouvant l’escarpin perdu d’une jeune fille pauvre. L’amour exclusif du prince, qui se focalise sur cet escarpin, porte un nom, le fétichisme du pied, qui s’est révélé récurrent dans les contes de fées européens et chinois. On peut citer Mélusine, dont les pieds sont sacrés ; Les Souliers rouges, d’Andersen ; Les Souliers au bal usés, des frères Grimm... Et, bien sûr, La Petite Sirène, qui sacrifie sa voix pour obtenir deux jolis pieds afin d’épouser le prince. Si ces héroïnes font de leurs pieds un « instrument » de conquête, cette même conquête les conduit à leur perte !

 

Vous vous êtes particulièrement intéressée au pied dans le conte de Cendrillon... Pourquoi avez-vous choisi de vous concentrer sur ce conte ?

Y.-P. K. : D’abord, Cendrillon est l’un de mes contes préférés. Mais il est aussi paradigmatique. Plus que les autres, Cendrillon fait de ses pieds un objet d’amour. Intentionnellement, elle perd son soulier, car elle a appris que le prince épouserait celle – je cite Perrault – « dont le pied serait bien juste à la pantoufle ». Dans une autre version française signée Madame d’Aulnoy, le prince trouve la mule, « la regarde, en admire la petitesse et la gentillesse, la tourne, la retourne, la baise, la chérit et l’emporte avec lui ». Il en tombe maladivement amoureux et ne guérit qu’en retrouvant son fétiche, à savoir les petits pieds de l’héroïne.


Pourquoi le pied, dans les contes comme dans l’histoire, est-il tant érotisé ?

Y.-P. K. : Selon les sexologues, le pied est la partie qui possède le plus de phéromones et contient des nerfs croisés avec les parties génitales. Autrement dit, la stimulation du pied provoque une réaction de nature sexuelle. Selon certains psychologues, si le pied symbolise un organe érotique, la chaussure devient alors un récipient sexuel, comparable au vagin. On enfonce le pied dans la pantoufle, ce qui se passe de commentaire ! En français, ne dit-on pas « prendre son pied » pour exprimer le plaisir sexuel ? Par ailleurs, le pied est souvent caché, comme le sexe. En Chine, lors des dynasties Ming et Qing, les pieds féminins couverts par l’habit étaient, pour les hommes, l’objet d’une attraction érotique irrésistible !

 

La suite dans Causette #110...

Publié le 23 Mars 2020
Auteur : Propos recueillis par LAUREN MALKA | Photo : Illustration GRÉGOIRE GICQUEL pour Causette
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