La foirfouille de l'histoire Publié le 25 Novembre 2019 par MARIANNE RIGAUX

22 décembre 1989 : Timisoara le charnier qui n'existait pas

blog post image

L’espace de quelques jours, les médias français s’enflamment alors que le régime roumain de Ceausescu s’effondre. Trente ans plus tard, les reporters gardent un souvenir amer de ce qui fut une fake news avant l’heure.

« On est en train de découvrir les charniers dans lesquels on a enterré à la va-vite les victimes des émeutes de dimanche dernier. On a compté jusqu’à 3 400 morts dans certains charniers, c’est épouvantable. Cela illustre la folie totale dans laquelle avait sombré le régime de Ceausescu. » Jean-Yves Huchet, l’envoyé spécial de La Cinq, témoigne depuis Timisoara, en Roumanie. Des gros plans sur des cadavres en décomposition occupent l’écran. Nous sommes le 22 décembre 1989 et le public français suit en direct les événements qui vont précipiter la chute du régime communiste roumain. Timisoara, grande ville de l’ouest du pays, frémit depuis quelques jours. Une première manifestation a éclaté le 16 décembre pour protester contre la mutation du pasteur protestant Laszlo Tokes, devenu trop critique envers le régime aux yeux des autorités locales. L’armée intervient, des combats s’engagent. Le 21 décembre, 100 000 ouvriers défilent contre le gouvernement.

 

Le lendemain, les journalistes sont autorisésà entrer dans le pays. Vincent Hugeux arrivede Budapest en Renault 12. À 29 ans, il officie comme grand reporter à La Croix : « On faisait route vers Bucarest, mais au vu des infos véhiculées par les douaniers au poste de Nagylak, on bifurque vers Timisoara ». Marc Semo, de Libération, entre par la frontière yougoslave avec ses collègues du Monde et de l’AFP. Il a 37 ans et davantage d’expérience. « L’ambiance à Timisoara est sinistre, se souvient-il. Les habitants nous emmènent au cimetière et nous montrent une quinzaine de corps présentés comme ceux de manifestants abattus. Je n’ai pas fait d’études de médecine, mais les corps ont l’air ni très frais ni percutés par des balles ». Parmi eux, une femme tient un bébé sur son ventre. Des Roumains interpellent Vincent Hugeux : « Dites au monde l’horreur de ce génocide. Voyez comme ces civils ont été torturés et exécutés. »

 

La suite dans Causette #106...

Publié le 25 Novembre 2019
Auteur : MARIANNE RIGAUX | Photo : ©AFPX2
552 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette