Société Publié le 22 Novembre 2019 par MARIANNE RIGAUX

Ski à tout prix : le retour de bâton

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Alors que la planète se réchauffe, une course absurde à la neige est engagée dans les stations. Le ski exécute un slalom dangereux entre intérêts économiques et enjeux environnementaux.

Le 19 octobre, la célèbre station de Kitzbühel, en Autriche, a fait à la fois le plaisir des skieurs et skieuses et créé la controverse dans les médias en lançant sa saison de manière précoce. On pouvait y glisser sur une unique piste, créée grâce à de la neige stockée l’hiver précédent. Imaginez un ruban blanc de 700 mètres de long et 60 mètres de large, déposé sur l’herbe verte, à 1 800 mètres d’altitude par 15 °C. À l’heure où les glaciers de France et du monde fondent comme neige au soleil, est-il encore pertinent de vouloir skier aux vacances de la Toussaint ?

Toutes les stations font le même constat : avec la hausse globale des températures, l’enneigement baisse de saison en saison. Si la neige continuede tomber, c’est de manière déréglée : parfois de grandes quantités en début d’hiver, puis un mois de décembre doux, et de nouveau des paquets de poudreuse avant le printemps. Les stations de basse altitude (autour de 1 000 mètres) se savent déjà condamnées, mais celles de moyenne et haute montagne se battent encore pour attirer des touristes.

 

En France, la station de Tignes (Savoie) a également ouvert le 19 octobre, grâce aux pistes du glacier de la Grande-Mottequi culmine à 3 456 mètres d’altitude.« Nous avons la chance à Tignes de ne pas trop sou rir à court terme du manque de neige de par notre altitude », assure Amandine Renévot, responsable du service communication de la station.Mais il y a quelques années encore, on skiait hivercomme été sur le glacier. Désormais, même Tignes doit fermer fin juillet, faute de neige. Alors en 2016, la station a imaginé un projet fou pour proposer du ski 365 jours par an : une piste de 500 mètres de long sur 50 mètres de large, couverte par un gigantesque dôme, enneigée artificiellement toute l’année, comme cela se fait déjà dans les Émirats. Coût estimé : 63 millions d’euros. Le projet a été abandonné en 2018 faute de financements et surtout face à la levée de boucliers des associations environnementales, qui voyaient dans ce frigo énergivore une artificialisation excessive de la montagne.

Mountain Wilderness est l’une de ces associations remontées contre le « ski-dôme » de Tignes. Son président, Frédi Meignan, connaît et raconte la montagne comme personne. Après dix années comme gardien de refuge à plus de 3 000 mètres dans le massif des Écrins, où il a observé de près les conséquences du réchauffement climatique, il a ouvert un gîte d’étape et un restaurant dans le massif de Belledonne, pas loin de Grenoble. 

 

La suite dans Causette #106...

Publié le 22 Novembre 2019
Auteur : MARIANNE RIGAUX | Photo : © MARCO ZORZANELLO - SÉRIE SNOW LAND
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