Publié le 10 Juillet 2011 par Davis BACHE

L'armée du palu enchaîne les succès Sénégal

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Formation de villageois aux techniques de dépistage, généralisation de tests de diagnostic rapide, distribution de médicaments… la mise en place de dispositifs novateurs a fait du pays un modèle et divisé par quatre, en quatre ans, le nombre de décès attribués au paludisme. Chaque année, il tue près d’un million de personnes, dont plus de 90 % en Afrique subsaharienne. Transmis par les moustiques, il est aussi la première cause de mortalité infantile.

 

Entre, assieds-toi. Comment t’appelles-tu ?

– Je m’appelle Malik. J’ai 16 ans.

– Alors, qu’est-ce qui se passe, Malik ?

– J’ai de la fièvre et j’ai mal à la tête depuis vendredi.
Ça fait trois jours.

– Tu vomis ?

– Hier, j’ai vomi.

– Bon. On va te faire le test rapide, pour voir si tu as le palu. »

 

 

Au centre de santé Dominique, à Pikine, cette scène se reproduit cinquante fois par jour. Quatre fois plus en saison des pluies. Située dans la banlieue de Dakar, capitale du Sénégal, Pikine est une ville particulièrement défavorisée et insalubre. Régulièrement inondée, les cas de paludisme y sont légion. « Donne-moi ton doigt, ça ne va pas faire mal. » Sans enlever son gros blouson, il fait 25 °C, pas un nuage dans le ciel – au Sénégal, c’est l’hiver –, Malik tend fébrilement la main. Une petite aiguille, une goutte de sang perle. L’infirmière la dépose sur le test, et patiente. Le TDR, le test de diagnostic rapide, a été introduit au Sénégal en 2007, puis généralisé dans tous les hôpitaux et postes de santé du pays. Il permet, en quinze minutes, de savoir si un patient est impaludé. « Avant, on assimilait systématiquement toute fièvre au paludisme, constate le docteur Abdou Diop, médecin chef de l’hôpital Philippe-Senghor

 

de Dakar. C’était quasi automatique ! Du coup, on surestimait énormément le nombre de cas. Maintenant, les diagnostics sont plus fiables, alors on traite plus efficacement. » En trois ans, un million de tests rapides ont été distribués dans le pays.

 

 

Médicaments gratuits

 

Malik regarde dans le vide. Encore quelques minutes avant d’être fixé. Le temps de confier qu’il ne dort pas sous une moustiquaire, qu’il n’a pas beaucoup d’argent, et qu’il compte beaucoup sur Allah pour le tirer de là. « Le test est positif », lâche pourtant l’infirmière. Impassible, comme s’il avait l’habitude des mauvaises nouvelles, Malik attend la suite. On lui prescrit un traitement. « Amou xalis [je n’ai pas d’argent] », murmure-t-il en wolof, la première langue du Sénégal. Il y a un an, Malik ne se serait sans doute pas soigné. Mais, depuis mai 2010, les traitements antipaludéens, qu’on appelle les ACT, sont fournis gratuitement aux malades. Son ordonnance à la main, Malik sort du cabinet de consultation, traverse deux-trois couloirs bondés, et se plante dans une file d’attente qui mène droit dans le mur. Là, un trou façon parloir d’où l’on peut distinguer l’intérieur d’une petite pièce obscure : c’est la pharma­cie de l’hôpital. Son tour arrive. Malik tend son papier. « Il n’y a plus d’ACT pour adultes », répond, un peu désolé, le gérant de la pharmacie. Après une difficile période de flottement, un de ces moments où les journalistes ne savent plus où se mettre, une solution est trouvée. La différence ne résidant que dans les doses, Malik repart avec plusieurs boîtes de médicaments pour enfants. Malgré quelques problèmes d’approvisionnement – exceptionnels, selon le personnel soignant –, la gratuité des traitements antipaludéens permet aux plus démunis d’y accéder et de se soigner. Dans trois jours, Malik reviendra passer un nouveau test. « Inch’Allah », il sera négatif.

 

 

 

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Publié le 10 Juillet 2011
Auteur : Davis BACHE | Photo : William DANIELS
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